L’Afrique abrite l’un des plus grands réservoirs forestiers tropicaux du monde, couvrant environ 23 % de son territoire, soit quelque 674 millions d’hectares – une superficie équivalente à l’Amazonie. Pourtant, le continent connaît aujourd’hui le taux de déforestation le plus élevé au monde : près de 3,9 millions d’hectares disparaissent chaque année, sous l’effet combiné de l’agriculture extensive, de la récolte de bois de feu, de l’exploitation industrielle et des activités minières.
Les principales zones touchées se trouvent en Afrique centrale et occidentale (notamment le bassin du Congo), ainsi qu’en Afrique australe avec les forêts Miombo. Cette destruction entraîne une cascade de conséquences : érosion des sols, insécurité alimentaire, pertes économiques, recul de la biodiversité, et affaiblissement de la résilience des populations locales au changement climatique.
Une situation critique pour des millions d’Africains
La déforestation n’est pas qu’un enjeu écologique. C’est une menace directe pour des millions de personnes dont la survie dépend des écosystèmes forestiers. En Afrique australe, la disparition des forêts Miombo entraîne une chute brutale des revenus pour les ménages qui en dépendent – jusqu’à 92 % de pertes au Mozambique, selon certaines estimations.
Le recul des forêts compromet aussi l’agroforesterie, une pratique vitale pour 1,2 milliard de personnes dans le monde, et perturbe gravement le cycle de l’eau, rendant le climat local plus imprévisible.
Une présidence sud-africaine du G20 porteuse d’espoir
Pour la première fois de son histoire, l’Afrique du Sud préside le G20 en 2025. Sous le thème « Solidarité, Égalité, Durabilité », elle a l’occasion de faire entendre la voix du continent sur les enjeux forestiers. Ses priorités – transition énergétique, sécurité alimentaire, gestion durable des terres – convergent avec les besoins urgents de l’Afrique en matière de protection des forêts.
L’Union africaine, désormais membre permanent du G20, peut jouer un rôle moteur en s’appuyant sur l’Agenda 2063, qui prévoit une gestion durable et une restauration des forêts à l’échelle continentale.
Sept actions concrètes à mettre en œuvre
Pour freiner la déforestation et restaurer les écosystèmes, la présidence sud-africaine peut mobiliser le G20 autour de sept leviers stratégiques :
- Rediriger la finance durable vers les projets africains, en impliquant les communautés locales et autochtones dans la gestion des forêts.
- Soutenir l’Initiative mondiale pour l’accès aux terres, avec l’objectif de restaurer 50 % des terres dégradées d’ici 2040.
- Encourager les échanges dette-nature, qui convertissent des dettes en investissements pour la conservation.
- Développer les marchés du carbone équitables, qui profitent aux populations locales via des projets de reforestation financés par les pays pollueurs.
- Promouvoir une agriculture résiliente et sans déforestation, condition essentielle pour stabiliser les moyens de subsistance.
- Renforcer les programmes africains comme la Grande Muraille Verte, qui vise à restaurer 8 000 km de terres d’ici 2030 et créer 10 millions d’emplois.
- Partager technologies et compétences, via des partenariats G20-Afrique axés sur la télédétection, l’intelligence artificielle et la traçabilité des ressources naturelles.
Vers une transition juste et inclusive
La réussite dépendra de la capacité à associer les communautés rurales à la transition. Cela implique de leur offrir des alternatives économiques viables à l’agriculture sur brûlis ou à la coupe de bois illégale. Un cadre de « transition juste » est essentiel pour concilier justice sociale, durabilité écologique et développement économique.
La déforestation en Afrique ne peut être traitée comme un simple enjeu régional. Elle est désormais au cœur des équilibres écologiques mondiaux. La présidence sud-africaine du G20 représente une opportunité unique pour bâtir un partenariat stratégique entre l’Afrique et les grandes puissances économiques. L’avenir des forêts africaines – et du climat mondial – en dépend.
La Rédaction

