Crise institutionnelle et élection anticipée
Le 3 juin 2025, les Sud-Coréens élisent leur nouveau président après la destitution sans précédent de Yoon Suk-yeol, un chef d’État tombé pour avoir tenté d’imposer la loi martiale. L’ex-procureur, surnommé par certains médias « le Trump coréen », avait ordonné l’arrestation des députés à l’Assemblée nationale, en invoquant une menace imaginaire contre la sécurité nationale. La tentative échoue. Suspendu le 14 décembre, il est officiellement destitué par la Cour constitutionnelle le 4 avril.
C’est la deuxième destitution présidentielle en Corée du Sud depuis celle de Park Geun-hye en 2017. Une page sombre de l’histoire démocratique du pays, qui a précipité l’organisation d’un scrutin présidentiel anticipé, au terme d’une campagne express de trois semaines.
Deux hommes, deux visions du pays
Face à l’effondrement de la majorité conservatrice, c’est Lee Jae-myung, 61 ans, qui s’impose comme favori. Le leader du Parti démocrate, ancien avocat et gouverneur, veut incarner la stabilité après le chaos. Battu de peu en 2022, il a gagné en légitimité en devenant le visage de la résistance à la dérive autoritaire de Yoon. Aujourd’hui, il tente de fédérer au-delà de son électorat progressiste. En se définissant comme « conservateur modéré », Lee Jae-myung cherche à élargir sa base, quitte à décevoir les militants de gauche.
Son adversaire, Kim Moon-soo, 73 ans, incarne quant à lui la continuité avec le président déchu. Ancien syndicaliste devenu conservateur radical, il défend une ligne dure vis-à-vis de la Chine et de la Corée du Nord, et adhère ouvertement à des discours conspirationnistes. Son discours clivant séduit pourtant 36 % de l’électorat, en particulier les partisans les plus fervents du nationalisme sud-coréen.
Le grand silence sur les femmes
Alors que la Corée du Sud reste le pays de l’OCDE le plus inégalitaire envers les femmes, leur sort a été ignoré dans cette campagne dominée par deux hommes. Lee Jae-myung a évoqué brièvement les « désavantages structurels », tandis que Kim Moon-soo ne s’est pas exprimé sur le sujet. Une absence qui en dit long sur les priorités politiques du moment.
Entre Washington, Pékin et Pyongyang
La crise politique interne a paralysé la politique étrangère du pays. Le futur président devra négocier avec les États-Unis de Donald Trump sur les questions commerciales, alors que des droits de douane élevés pénalisent déjà les exportations sud-coréennes. Mais Washington n’est pas l’unique partenaire stratégique : la Chine reste le premier partenaire économique de Séoul, et la Corée du Nord un voisin imprévisible. Lee Jae-myung défend une posture d’équilibre ; Kim Moon-soo, lui, souhaite un alignement total sur les positions américaines, même au prix d’une rupture avec Pékin.
Une démocratie à reconstruire
Malgré la destitution largement approuvée (60 % des Coréens y étaient favorables), une frange de la population continue de défendre Yoon Suk-yeol, dénonçant le pouvoir du Parlement. C’est pourquoi les deux principaux candidats promettent une réforme constitutionnelle pour mieux équilibrer les pouvoirs. Une promesse symbolique dans un pays qui veut éviter que se reproduisent les dérives autoritaires d’un président devenu incontrôlable.
Une participation record à l’étranger
Le scrutin du 3 juin se déroule selon un système uninominal majoritaire à un tour. Les Sud-Coréens de la diaspora ont déjà voté dans 118 pays avec un taux de participation exceptionnel de 79,5 %. Les bureaux de vote, ouverts depuis jeudi en Corée pour les votes anticipés, accueilleront les derniers électeurs jusqu’à 18 h. Les résultats sont attendus dans la soirée.
Au-delà du choix d’un président, cette élection symbolise une volonté de tourner la page d’un épisode sombre de la jeune démocratie sud-coréenne. Elle sera aussi un test de résilience : celui d’un pays pris en étau entre mémoire de la dictature, exigence de modernité, et tensions géopolitiques régionales.
La Rédaction

