Le Sénégal a inauguré mercredi 28 mai, au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD) de Diamniadio, une nouvelle édition du dialogue national, devenu depuis 2016 un rendez-vous inscrit dans l’agenda républicain. À l’appel du président Bassirou Diomaye Faye, ce rassemblement ambitionne de renouveler les fondements du système politique sénégalais, à l’ombre d’un contexte où l’attente de réformes concrètes se fait pressante.
Une tradition relancée, mais contestée
C’est au nom de la « réconciliation des Sénégalais avec leurs institutions » que le président Faye convoque ce dialogue, appelant les forces vives de la Nation – partis politiques, société civile, syndicats et experts – à se pencher sur des questions de fond : réforme du système électoral, refonte de la CENA, rationalisation du paysage politique, statut de l’opposition, place des médias dans les processus électoraux, indépendance de la justice.
Pour superviser les débats, qui s’étendront jusqu’au 4 juin, le président a confié la coordination à Dr Cheikh Guèye, une figure respectée de la société civile. Au cœur des discussions : le maintien ou non du parrainage citoyen pour les élections présidentielles, un dispositif aussi critiqué que défendu.
Mais si l’initiative se veut inclusive, elle ne fait pas l’unanimité. Plusieurs formations politiques, dont l’Alliance pour la République (APR) de l’ancien président Macky Sall ou encore la République des valeurs (RV) de Thierno Alassane Sall, ont choisi de boycotter l’événement. Ces partis dénoncent des conditions peu favorables à une concertation « sincère et constructive ».
Réformer pour gouverner autrement
La démarche s’inscrit dans la continuité d’un premier dialogue national tenu sous le régime Faye en 2024, principalement axé sur la justice. Une trentaine de recommandations avaient alors été formulées, sans que la question sensible de la présence du président de la République au Conseil supérieur de la magistrature ne trouve de consensus. Fidèle à sa ligne de neutralité, Diomaye Faye avait déclaré : « Je ne tiens ni à y rester ni à en sortir. »
Depuis les années 1960, le Sénégal s’est distingué par sa culture du dialogue politique. C’est sous Macky Sall que le dialogue national a pris une forme institutionnelle, avec la date du 28 mai consacrée annuellement à ce rituel démocratique. Mais à mesure que les attentes de la population évoluent, la répétition ne suffit plus : les citoyens veulent des résultats.
La concertation comme thermomètre démocratique
Bassirou Diomaye Faye a affiché dès le 3 avril sa volonté de faire du dialogue un outil permanent de gouvernance : « Le pays n’est pas l’apanage des seuls politiques. » Ce principe élargit la base de participation, mais interroge aussi la capacité de l’État à traduire les recommandations en actes concrets.
Reste à savoir si ce dialogue de 2025 parviendra à franchir le cap symbolique pour devenir un levier de réformes structurelles. En démocratie, les cérémonies ne suffisent pas : il faut des décisions, du courage politique, et un suivi rigoureux.
La Rédaction

