Une vaste escroquerie aux visas, dissimulée pendant cinq ans, contraint Accra à fermer temporairement son ambassade aux États-Unis.
La République du Ghana est au cœur d’un scandale diplomatique majeur après la révélation d’une fraude aux visas de longue haleine orchestrée depuis son ambassade à Washington. L’affaire, qui implique des millions de dollars détournés, a conduit à la fermeture temporaire de la mission diplomatique et à la suspension de l’ensemble du personnel local.
Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a ordonné cette mesure radicale après avoir confirmé qu’un employé local, Fred Kwarteng, recruté en 2017 comme responsable informatique, avait monté un système parallèle de délivrance de visas à l’insu des autorités officielles.
Un réseau parallèle au cœur de l’ambassade
Selon les révélations officielles, Kwarteng aurait mis en place un portail clandestin, distinct du site gouvernemental, redirigeant les demandeurs vers sa propre entreprise, Ghana Travel Consultants (GTC). Il aurait ainsi perçu illégalement des frais allant de 29 à 60 dollars par demandeur, pendant plus de cinq ans.
L’enquête préliminaire évoque des sommes avoisinant le million de dollars, bien que certains experts estiment que le montant total pourrait être bien plus élevé. “Ce projet a été mené à l’insu du ministère”, a affirmé le ministre Ablakwa sur Facebook, dénonçant une infraction directe à la législation ghanéenne sur les frais publics.
Complicités internes et silences coupables
Si le ministre a salué la « tolérance zéro » affichée par le président John Mahama face à la corruption, la chronologie des événements révèle une inertie préoccupante. Une source du Bureau national des enquêtes (NIB) a confirmé que l’affaire avait été signalée dès 2020, sans aucune réaction des hauts responsables de l’ambassade à l’époque.
Un rapport détaillé, rédigé après une enquête interne en 2021, avait été soumis à la Chancellerie et aux Services consulaires, mais est resté lettre morte. Cette inaction nourrit aujourd’hui les soupçons d’une complicité institutionnelle.
Vague de critiques et appel à une enquête transnationale
Les critiques fusent de toute part. L’activiste et avocat Mawuse Oliver Barker-Vormawor dénonce une « fraude sophistiquée et persistante sur le sol américain » et appelle à la coopération internationale, soulignant que l’affaire pourrait relever de la loi américaine RICO sur les organisations criminelles.
« Ce n’est pas une affaire administrative ordinaire », a-t-il écrit. « Elle concerne des ressortissants étrangers en mission diplomatique sur le territoire des États-Unis. Il faut geler les avoirs, identifier les complices et, si nécessaire, engager des extraditions. »
L’opposition dénonce une gestion précipitée
Dans les rangs de l’opposition, la décision de fermeture temporaire de l’ambassade est vivement critiquée. Le député Nana Asafo Adjei reproche au ministre son manque de tact et alerte sur l’impact diplomatique d’une telle exposition sur les réseaux sociaux.
« Fermer une ambassade, même temporairement, c’est envoyer un signal fort – mais aussi risqué – à nos partenaires », a-t-il déclaré. « Il fallait agir, certes, mais avec retenue. »
Réforme diplomatique en cours
Le scandale survient alors que le président Mahama, revenu au pouvoir après les élections de 2024, multiplie les initiatives contre la corruption. L’audit judiciaire lancé par le vérificateur général et la dissolution du service informatique de l’ambassade marquent les premiers jalons d’une réforme diplomatique plus large.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire constitue un test crucial pour le nouveau gouvernement. Si elle est menée avec rigueur et transparence, elle pourrait bien marquer un tournant dans la gouvernance des missions diplomatiques ghanéennes.
La Rédaction

