Le procès dit de « l’avion présidentiel » et des équipements militaires surfacturés à reprit jeudi 22 mai à Bamako, après six mois de suspension. Un procès emblématique de la gouvernance passée, qui porte sur plus de 130 milliards de francs CFA de fonds publics détournés en 2014. Neuf anciens responsables sont poursuivis, dont plusieurs ministres, militaires et hommes d’affaires.
Mais cette reprise intervient dans des conditions inédites : quatre des cinq membres de la Cour ont été remplacés, seule la présidence étant maintenue. Ce renouvellement soulève une interrogation juridique centrale : les débats vont-ils reprendre là où ils s’étaient arrêtés, ou devront-ils recommencer depuis le début ?
Une accusée emblématique toujours absente
Bouaré Fily Sissoko, ex-ministre de l’Économie, est l’une des figures majeures du procès. Détenue provisoirement depuis près de quatre ans — soit plus que la durée légale autorisée — elle n’a cessé de réclamer un jugement pour « prouver son innocence ». Mais à près de 70 ans, elle est hospitalisée depuis un mois et demi pour des raisons médicales documentées. Son avocat affirme qu’elle est inapte à comparaître, tant physiquement que psychologiquement, comme l’atteste un certificat médical émanant de l’hôpital du Mali. Malgré cela, toutes ses demandes de liberté provisoire ont été systématiquement rejetées.
Une justice sous tension
Depuis l’ouverture en 2024, le procès a connu plusieurs rebondissements judiciaires. D’anciens ministres sont absents, certains ayant quitté le territoire malien. Des témoins supplémentaires ont été auditionnés depuis la suspension du procès, mais la nouvelle composition du tribunal soulève des doutes quant à la continuité de la procédure.
Ce procès symbolise l’effort — ou la difficulté — de l’État malien à solder les comptes du passé, dans un contexte de transition politique et de défiance vis-à-vis des institutions. Dix ans après les faits, les questions restent entières : la justice malienne parviendra-t-elle à trancher ce dossier emblématique ? Ou faudra-t-il encore patienter pour que la vérité judiciaire éclate enfin ?
La Rédaction

