Face à l’inefficacité chronique et aux violences récurrentes des forces de l’ordre, le gouvernement congolais lance une réforme d’envergure de sa police nationale. Récemment, devant les députés réunis à l’Assemblée nationale, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a détaillé un plan de transformation sur cinq ans, fort d’un budget colossal de 2,3 milliards de dollars.
Cette réforme, qui s’étendra de 2025 à 2029, s’articule autour de trois axes. Le premier, le plus massif, concerne la professionnalisation des effectifs : plus de 90 000 agents seront recrutés et formés, avec un accent particulier sur les unités d’intervention et la police de proximité. Cette seule composante engloutira 72 % du budget, soit près de 1,66 milliard de dollars. Le second volet, doté de 600 millions, vise à restructurer l’organisation institutionnelle de la police. Le dernier pilier, bien plus modeste, prévoit d’améliorer le lien entre la police et les citoyens, pour un peu plus de 51 millions de dollars.
Depuis des années, la police congolaise souffre d’un profond déficit de confiance. Présente de manière inégale sur le territoire, régulièrement accusée d’exactions, elle peine à assurer ses missions, en particulier dans les zones à forte instabilité. Plusieurs tentatives de réformes ont été engagées par le passé, sans jamais produire d’effets durables. Cette fois, les autorités promettent un changement systémique.
Le plan inclut également la mise à la retraite de 10 000 agents d’ici 2028, la réhabilitation ou la construction de commissariats, et l’acquisition d’équipements modernes. Près d’un milliard de dollars seront consacrés à ces aspects logistiques. Le but : doter la RDC d’une police capable de faire face à l’insécurité croissante, notamment dans les grandes villes.
Mais de nombreuses incertitudes pèsent sur la mise en œuvre du projet. Le financement sera-t-il maintenu sur la durée ? Des mécanismes efficaces seront-ils mis en place pour éviter le détournement de fonds ? Et surtout, comment garantir une véritable transformation des pratiques au sein d’une institution minée par les abus ?
Pour les analystes, l’enjeu dépasse la modernisation matérielle. Il s’agit de refonder en profondeur la relation entre l’État et les citoyens à travers une force de sécurité éthique, responsable, respectueuse des droits humains. Sans un changement de culture interne, cette réforme pourrait, comme les précédentes, n’être qu’une façade coûteuse.
La Rédaction

