Dans le Kpendjal, à l’extrême nord du Togo, les mariages forcés perdurent, piégeant des fillettes dans un silence imposé dès l’adolescence. Malgré l’existence de lois claires interdisant ces unions précoces, la réalité locale demeure ancrée dans des pratiques coutumières qui résistent au changement.
Une région enclavée, entre pauvreté et insécurité
Situé aux confins du Burkina Faso, le Kpendjal est une région rurale souvent négligée par le développement. L’accès à l’école, aux soins de santé et à la justice y est limité. L’insécurité croissante liée à l’instabilité sahélienne depuis 2021 n’a fait qu’aggraver la situation, fragilisant davantage les familles déjà confrontées à une pauvreté chronique. Dans ce contexte, marier une fille devient parfois, aux yeux des parents, un moyen de réduire le nombre de bouches à nourrir.
La loi peine à s’imposer face aux coutumes
Le Togo interdit formellement le mariage avant l’âge de 18 ans. Pourtant, dans le Kpendjal, ces règles restent souvent lettre morte. Il ne s’agit pas d’un refus de l’autorité étatique, mais d’un ancrage profond de normes sociales où la tradition prévaut sur le droit. Le mariage d’une jeune fille, parfois dès 12 ou 13 ans, est considéré comme un passage normal, une affaire de famille et de communauté où la loi républicaine reste encore lointaine.
Une scolarisation compromise dès le plus jeune âge
L’abandon scolaire touche massivement les filles dans cette région. Les mariages précoces y contribuent largement, mais ils ne sont pas les seuls obstacles. Longues distances à parcourir pour rejoindre l’école, absence d’infrastructures, manque de modèles féminins ou encore perception négative de l’instruction des filles — autant de facteurs qui, combinés, rendent la scolarisation difficilement durable. Pour de nombreuses jeunes filles, l’école est une étape courte, vite remplacée par le foyer conjugal.
Des services sociaux mobilisés mais insuffisants
Les agents sociaux et éducateurs locaux ne restent pas inactifs. Dans la mesure de leurs moyens, ils tentent d’informer, de sensibiliser, d’alerter. Mais les moyens matériels, humains et logistiques manquent cruellement. Dans une région aussi vaste et isolée, il est illusoire de penser qu’un simple cadre légal suffira à transformer les pratiques sans un accompagnement constant, patient et enraciné dans les réalités locales.
Une question de développement et de reconnaissance
Le mariage forcé n’est pas seulement une affaire de traditions à combattre : c’est le reflet d’une société où les jeunes filles ne sont pas encore perçues comme des actrices du développement local. Tant que leur éducation, leur santé et leur avenir ne seront pas considérés comme essentiels, tant qu’aucune alternative économique crédible ne sera offerte aux familles, la loi restera en retrait, incapable de remplacer à elle seule des siècles de pratiques ancrées.
La Rédaction

