La Cour internationale de justice (CIJ) rend ce lundi 19 mai son verdict sur un contentieux territorial épineux opposant le Gabon et la Guinée équatoriale, centré sur trois îlots potentiellement riches en hydrocarbures. Une affaire où les fantômes du colonialisme croisent les enjeux énergétiques contemporains.
Mbanié, Cocotiers, Conga. Trois noms qui résonnent comme autant d’épines dans les relations entre Libreville et Malabo depuis un demi-siècle. À peine visibles sur une carte, ces trois îlots situés au large des côtes africaines font pourtant l’objet d’un différend frontalier majeur que la CIJ, plus haute juridiction des Nations unies, est enfin appelée à trancher.
Héritage colonial et bataille de traités
Tout commence en 1900, quand la France et l’Espagne — puissances coloniales respectivement du Gabon et de la Guinée équatoriale — signent à Paris un traité pour délimiter leurs territoires. Mais Libreville avance qu’un autre texte, la convention de Bata signée en 1974, vient clarifier la souveraineté sur ces îles. Le hic ? Le document original demeure introuvable. Seules des copies circulent, contestées par Malabo.
« Ce traité de Bata règle toutes les questions de fond », assure pourtant Marie-Madeleine Mborantsuo, présidente honoraire de la Cour constitutionnelle du Gabon. Mais du côté équato-guinéen, c’est une autre version qui prévaut. Pour Malabo, les îles ont été “occupées illégalement” par le Gabon dès 1972, deux ans avant la signature du traité controversé.
Le vice-ministre des Mines de Guinée équatoriale, Domingo Mba Esono, n’a pas mâché ses mots devant la CIJ : « Personne n’avait jamais entendu parler de cette convention jusqu’en 2003, et encore, il ne s’agissait que d’une photocopie non authentifiée. » L’avocat Philippe Sands, représentant Malabo, a dénoncé « un monde de l’invraisemblance et du ridicule », où l’on fonderait une souveraineté sur des « bouts de papier ».
Une décision très attendue
Les deux pays ont convenu en 2016 de soumettre leur différend à la CIJ. Ce n’est pas à la Cour de dire qui possède quoi, mais de déterminer quels textes peuvent être considérés comme juridiquement valides. En clair : démêler le nœud colonial, vérifier l’authenticité des accords, et fixer un cap légal pour sortir de cette querelle de souveraineté.
Au-delà de la légalité, l’enjeu est aussi énergétique. Si les trois îlots sont minuscules — Mbanié ne mesure que 0,3 km² — ils pourraient receler d’importantes réserves pétrolières offshore. Ce potentiel en fait un objet de convoitise stratégique, dans une région où les hydrocarbures jouent un rôle majeur dans les équilibres économiques.
Dans une époque où les différends frontaliers ressurgissent avec force sur le continent africain, ce jugement fera date. La décision de la CIJ pourrait apaiser les tensions entre ces deux voisins ou, au contraire, raviver des blessures diplomatiques anciennes. Reste à savoir si les archives perdues pourront peser face aux exigences du droit international.
La Rédaction

