Des mutations rares liées à l’apnée et à l’environnement marin extrême
Sur les côtes battues par les vents de l’île de Jeju, au sud de la Corée, vit une communauté exceptionnelle : les Haenyeo, littéralement « femmes de la mer ». Depuis des siècles, elles plongent en apnée jusqu’à 15 mètres de profondeur pour récolter algues, coquillages et oursins, sans bouteilles, sans assistance, et souvent… jusqu’à un âge avancé. Ce savoir-faire ancestral, transmis de mère en fille, fascine. Mais aujourd’hui, c’est leur génome qui attire l’attention des scientifiques.
Une équipe de biologistes vient de révéler que ces femmes présentent deux mutations génétiques uniques. L’une leur permet de résister à l’hypothermie dans les eaux froides du Pacifique, l’autre de réguler leur pression artérielle entre deux battements de cœur, un avantage décisif lorsqu’on pratique la plongée en apnée en étant enceinte.
Une évolution à visage humain
Ces mutations ne doivent rien au hasard : elles sont le fruit d’une sélection naturelle très locale. Les Haenyeo qui ne supportaient pas ces conditions extrêmes ont eu, au fil du temps, moins d’enfants. La génétique des survivantes s’est transmise, génération après génération. Une adaptation comparable à celle observée chez les Bajau, ces nomades de la mer d’Asie du Sud-Est qui possèdent une rate exceptionnellement volumineuse, véritable réservoir d’oxygène naturel.
L’étude rappelle une évidence souvent négligée : l’évolution humaine est toujours en cours. Malgré le confort des sociétés modernes, certains environnements extrêmes continuent à sculpter notre espèce. Les populations vivant à très haute altitude – Tibétains, Éthiopiens, Andins – développent des circuits sanguins hyper-efficaces. D’autres, comme certains peuples sud-américains, ont acquis une tolérance exceptionnelle à l’arsenic.
Une mine d’or pour la médecine
Ces particularités génétiques sont plus que des curiosités scientifiques : elles sont des pistes concrètes pour la médecine. Résistance au froid, gestion du stress oxydatif, efficacité cardiorespiratoire… Chaque mutation étudiée pourrait un jour inspirer des traitements ou des technologies médicales.
Au fond, les Haenyeo incarnent bien plus que la tradition d’un métier en voie de disparition : elles nous rappellent que la diversité biologique humaine est une richesse vivante, en perpétuelle évolution.
La Rédaction

