TÉHÉRAN — Depuis la nuit du 13 juin 2025, la capitale iranienne ne dort plus. Aux premières heures de l’aube, des explosions ont secoué Téhéran et plusieurs autres villes du pays. Pour beaucoup d’habitants, ce fut d’abord une incompréhension : des grondements, des vibrations, des vitres brisées. Puis la réalité s’est imposée. Israël venait de frapper.
Une attaque sans précédent sur le sol iranien
Ciblant principalement les installations nucléaires, des bases militaires et des centres stratégiques des Gardiens de la Révolution, les frappes israéliennes ont également touché des zones civiles, provoquant un carnage dans plusieurs quartiers d’habitation. Selon le ministère iranien de la Santé, au 15 juin, le bilan s’élevait à 224 morts et près de 1 000 blessés, dont une majorité de civils.
Il s’agit de la plus vaste attaque israélienne contre l’Iran depuis la guerre Iran-Irak. À Tel-Aviv, le gouvernement justifie cette offensive par la nécessité d’entraver les ambitions nucléaires de la République islamique. Mais à Téhéran, ce sont les familles ordinaires qui paient le prix fort.
Une population abandonnée face au chaos
Dans les rues, les scènes rappellent celles d’une ville assiégée. Les habitants cherchent à fuir la capitale, redoutant une seconde vague de frappes. Les routes menant au nord du pays, vers Qazvin ou Mazandaran, sont embouteillées. Les stations-service sont prises d’assaut. Les pharmacies sont à court de médicaments de base.
Mais fuir n’est pas une option pour tous. De nombreux Téhéranais n’ont ni voiture, ni réseau d’accueil en province, ni moyens financiers. Pour eux, rester signifie espérer survivre.
« On ne se sent en sécurité nulle part », confie Reza, père de trois enfants.
« Même l’hôpital où ma fille a été transportée a été secoué par une explosion. »
Où sont les abris ?
L’une des plus grandes failles révélées par cette crise est l’absence quasi totale d’abris antiaériensdans la capitale. Contrairement à Israël, qui dispose du système Dôme de Fer et d’un maillage d’abris publics, l’Iran n’a ni infrastructures civiles de protection, ni plan d’évacuation d’urgence en cas de conflit majeur.
Dans les écoles, aucune consigne. Dans les immeubles, aucune cave aménagée. La population est livrée à elle-même, priée de rester à domicile ou de se réfugier dans les parkings souterrains, quand ils existent
« Même les mosquées ne sont pas préparées à accueillir des familles », déplore Azadeh, étudiante en sociologie
« On vit dans une illusion de contrôle depuis trop longtemps. »
Une ville figée dans la peur
Depuis les frappes, les rues se sont vidées. Les commerces ferment dès 15h. Les transports tournent au ralenti. Internet connaît des coupures répétées, tandis que la télévision d’État diffuse des messages appelant à l’unité nationale et dénonçant l’agression sioniste.
Mais sur les messageries cryptées, des milliers de messages circulent : images de cadavres, appels à l’aide, consignes de survie. Une psychose collective s’installe
« Il y a une odeur de mort dans l’air », résume un habitant du centre-ville.
« Ce n’est pas seulement la peur des bombes. C’est l’angoisse que tout ce que nous connaissions bascule. »
La Rédaction

