En Guinée, la junte militaire au pouvoir a franchi une nouvelle étape dans sa reprise en main du secteur minier. Près d’une cinquantaine de permis d’exploitation ont été annulés par décret présidentiel, touchant des dizaines de sociétés opérant dans les domaines de la bauxite, de l’or, du diamant et du graphite. L’annonce, faite mercredi soir à la télévision publique RTG, marque un tournant dans la politique minière du général Mamadi Doumbouya.
Un coup de balai ciblé
Le texte diffusé à la télévision ne précise pas les motifs individuels de retrait, mais selon Oumar Totiya Barry, chercheur spécialiste des industries extractives, la majorité des entreprises visées ne respectaient pas leurs obligations contractuelles. « La plupart des sociétés concernées ne développaient pas ou n’exploitaient pas les concessions qui leur avaient été attribuées », explique-t-il.
Cette décision fait suite à une série de mesures similaires prises depuis le début du mois de mai. Deux entreprises guinéennes, Guiter Mining et Kebo Energy SA, avaient déjà perdu leurs droits miniers. Le chef de la junte avait également ordonné la révocation de tous les permis non conformes au code minier, sans autre précision.
Ressources colossales, pauvreté persistante
La Guinée est l’un des pays les plus riches du continent en ressources minières, notamment en bauxite – dont elle est le premier producteur mondial – mais aussi en fer, or et diamant. Pourtant, la majorité de la population guinéenne continue de vivre dans une grande précarité. Les bénéfices de l’extraction minière profitent largement aux multinationales, alors que les infrastructures restent déficientes et que les retombées locales sont faibles.
La junte affirme vouloir corriger cette injustice en assainissant le secteur. Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2021, après avoir renversé Alpha Condé, Mamadi Doumbouya a fait de la valorisation nationale des ressources un axe central de sa politique.
Entre volonté de réforme et incertitudes
Ce vaste nettoyage du secteur minier est perçu par certains comme une tentative de restaurer l’autorité de l’État dans un domaine crucial pour l’économie. Mais d’autres observateurs s’inquiètent d’un manque de transparence et d’une centralisation du pouvoir qui pourrait décourager les investissements, ou être détournée à des fins politiques.
La vraie question reste : à qui profiteront ces retraits de permis ? À la Guinée ou à un cercle plus restreint d’acteurs économiques et politiques liés au régime militaire ? En l’absence d’un cadre clair et d’un plan de redistribution équitable, le doute persiste.
La Rédaction

