Quatre mois après la prise partielle de Goma par les rebelles du M23, les stigmates du conflit sont loin de s’effacer. Dans les quartiers endeuillés de cette ville de l’est de la République démocratique du Congo, les balles ont cessé de crépiter, mais le silence a laissé place à une autre forme de souffrance : celle que l’on ne voit pas. Celle qui hante les nuits, noue les gorges et paralyse les gestes. Le stress post-traumatique frappe, en silence, les enfants, les femmes, les hommes.
Face à ce fléau invisible, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a lancé un dispositif inédit à Goma : des “maisons d’écoute”. Ces refuges discrets sont ouverts à toutes et tous, sans distinction d’âge, d’origine ou de statut. L’objectif est simple mais essentiel : offrir un espace sécurisé et bienveillant où l’on peut parler, pleurer, se reconstruire.
Des voix pour ceux que la guerre a réduits au silence
Chaque jour, dans ces maisons d’écoute, des dizaines de personnes franchissent le seuil avec un passé trop lourd à porter seules. Il y a Lucie, 9 ans, qui a vu sa mère tomber sous les balles ; Jean, 34 ans, déplacé pour la troisième fois en deux ans ; ou encore Aïcha, 16 ans, qui ne parle plus depuis des semaines. Ces histoires, d’une douleur extrême, sont accueillies par des psychologues et des accompagnants communautaires formés par le CICR.
Les consultations sont gratuites, anonymes et confidentielles, une condition indispensable dans une région où la parole est souvent étouffée par la peur ou la honte. Le dispositif permet d’orienter les cas les plus graves vers des soins spécialisés, mais il repose surtout sur l’écoute active : redonner une existence à ceux que le conflit a rendus invisibles.
Un pas vers la reconstruction mentale et sociale
Loin d’être de simples lieux de parole, ces maisons d’écoute s’inscrivent dans une démarche plus vaste de réhabilitation psychosociale. Car un enfant traumatisé est un élève qui décroche. Un adulte en détresse est un pilier familial qui vacille. Restaurer l’équilibre intérieur, c’est aussi stabiliser le tissu social d’une région fragilisée.
Selon le CICR, plus de 1 500 personnes ont déjà bénéficié de ces services depuis leur mise en place. Et les besoins restent immenses, tant les blessures psychiques sont multiples, souvent invisibles mais toujours profondes.
Briser le tabou de la souffrance mentale en temps de guerre
Dans un pays où les soins psychologiques sont rares, chers et encore trop souvent stigmatisés, les maisons d’écoute représentent une avancée majeure. Elles rappellent que la guerre ne se mesure pas seulement en morts et en destructions matérielles, mais aussi en traumatismes persistants, en silences imposés, en vies éteintes à petit feu.
À Goma, la parole est devenue un acte de résistance, de survie, parfois même de renaissance. Écouter, c’est commencer à soigner.
La Rédaction

