Malgré l’escalade de violence dans la bande de Gaza, Rabat poursuit son rapprochement discret mais soutenu avec Tel-Aviv, en assumant un virage diplomatique jugé périlleux sur le plan intérieur.
Alors que les bombardements israéliens continuent de ravager Gaza, le Maroc semble déterminé à maintenir, voire renforcer, ses relations avec Israël. Un accord de coopération maritime, conclu en 2023 mais approuvé début mai 2025 par l’État hébreu, en est la dernière illustration. Signé en toute discrétion, ce texte prévoit une collaboration sur la sécurité des transports, les droits de douane et l’accès aux infrastructures portuaires. « Une avancée majeure », selon Miri Regev, ministre israélienne des Transports.
Depuis la reprise des relations diplomatiques en 2020, dans le cadre des accords d’Abraham soutenus par les États-Unis, le royaume chérifien multiplie les ententes bilatérales. Défense, cybersécurité, agriculture, intelligence artificielle, énergies renouvelables : les domaines de coopération s’élargissent. Sur le terrain militaire, Israël est même devenu le troisième fournisseur d’armes du Maroc, représentant 11 % de ses importations.
Une diplomatie qui s’ancre malgré la colère populaire
Cette dynamique diplomatique intervient dans un climat de tension interne. L’opinion publique marocaine, massivement pro-palestinienne, manifeste régulièrement contre la normalisation des liens avec Tel-Aviv. À Rabat comme à Casablanca, les drapeaux palestiniens fleurissent, les portraits d’Ismaël Haniyeh, chef du Hamas, sont brandis dans les cortèges, et les slogans condamnant les « complicités arabes » se multiplient.
Mais le pouvoir marocain avance sur un fil. Officiellement, la diplomatie reste prudente : peu de communication de la part du gouvernement, des annonces relayées principalement par les autorités israéliennes, et un effort pour limiter le retentissement médiatique local.
Une stratégie régionale assumée
Au-delà de l’économie, c’est une position géopolitique que cherche à consolider le royaume. En tissant une alliance stratégique avec Israël, Rabat espère obtenir un soutien durable sur le dossier du Sahara occidental, un enjeu central pour le régime. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur ce territoire, obtenue sous Donald Trump, reste un pilier de cette stratégie.
Reste à savoir jusqu’où le Maroc pourra poursuivre ce rapprochement sans provoquer une rupture avec une société civile de plus en plus mobilisée. Pour l’instant, le pari semble tenir — mais à quel prix ?
La Rédaction

