À Dakar, la capitale sénégalaise, plus d’une centaine de cardinaux, évêques et archevêques venus de 16 pays d’Afrique de l’Ouest – francophones, anglophones et lusophones – se sont réunis à l’occasion de la 5e conférence épiscopale régionale. Le thème retenu pour cette édition, « Une Église synodale et autonome au service de la justice et de la paix », résonne puissamment dans un contexte régional miné par les conflits, l’extrémisme et les fractures sociales.
La cérémonie d’ouverture, le 5 mai 2025, a été marquée par la présence du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, dans un climat international profondément troublé : guerres persistantes au Sahel, instabilité en République démocratique du Congo, tensions religieuses en Inde et au Pakistan, conflits en Ukraine et au Proche-Orient… La voix de l’Église catholique ouest-africaine s’élève dans ce tumulte, porteuse d’un message d’espérance, mais aussi d’alerte.
Un diagnostic sans détour de la situation ouest-africaine
Les prélats n’ont pas mâché leurs mots. Face à la montée de l’extrémisme violent, aux déplacements forcés de populations, à la crise migratoire et à l’effritement du tissu social, ils ont multiplié les appels à la responsabilité collective. Leur cri d’alarme vise d’abord les autorités politiques, invitées à enrayer l’exode massif des jeunes, souvent tentés par l’illusion européenne ou enrôlés dans des groupes armés.
Ces départs en cascade, selon eux, fragilisent l’Afrique de l’Ouest, amputée de ses forces vives. L’Église appelle donc à redonner espoir à la jeunesse, en investissant dans la justice sociale, l’éducation, la paix et la cohésion nationale. Les inégalités, les clivages communautaires et religieux sont identifiés comme des freins majeurs à l’unité et à la stabilité.
Un rôle spirituel assumé dans un monde fragmenté
Les évêques se veulent, plus que jamais, des « témoins ardents d’une espérance indéfectible, artisans de paix et bâtisseurs de ponts ». Leur engagement spirituel ne se limite pas à la sphère religieuse : il s’ancre dans une volonté de participer à la reconstruction morale et politique des sociétés africaines.
Le soutien du pape Léon XIV à cette démarche renforce leur légitimité. Lors de sa première messe dominicale à la basilique Saint-Pierre de Rome, le nouveau souverain pontife a réaffirmé son attachement aux principes de fraternité, de miséricorde et de justice sociale. Une vision en phase avec les aspirations portées par les prélats africains réunis à Dakar.
Un message fort, mais quel avenir pour les recommandations ?
Reste la question centrale : ce message trouvera-t-il un écho au-delà des murs de la conférence ? L’histoire récente montre combien il est difficile de traduire les recommandations ecclésiales en politiques concrètes. La concorde nationale, dans de nombreux pays de la sous-région, demeure une chimère, entravée par des divisions profondes et un manque de volonté.
Mais les évêques ne désarment pas. En réaffirmant leur rôle d’éclaireurs dans un monde assombri, ils lancent un appel vibrant à tous les acteurs de la région : politiques, religieux, citoyens. Pour que la paix, la justice et l’unité ne soient plus des mots pieux, mais les fondements d’un avenir commun.
La Rédaction

