À 87 ans, le fondateur du World Economic Forum est poussé vers la sortie. Accusations de harcèlement sexuel, de discrimination et de détournement de fonds secouent l’institution suisse.
Le Forum de Davos n’est plus le sanctuaire inébranlable de son fondateur. Cette semaine, Klaus Schwab, 87 ans, a été exclu sans ménagement du World Economic Forum (WEF), qu’il a fondé en 1987. Interdiction d’entrer dans son bureau, accès bloqué à ses documents, contacts proscrits avec ses anciens collaborateurs : la sentence est tombée sans appel, après des révélations accablantes.
L’homme qui réunissait chaque année chefs d’État, PDG, banquiers et milliardaires dans la station huppée des Grisons, quitte la scène dans l’humiliation. Le conseil de la Fondation, composé notamment d’Al Gore, de la reine Rania de Jordanie, de Christine Lagarde et de Ngozi Okonjo-Iweala, a voté sa destitution à l’unanimité. Une lettre anonyme adressée au Wall Street Journal a précipité cette décision. Le journal titrait sobrement, le 22 avril 2025 : “World Economic Forum opens new probe into founder Klaus Schwab.”
Accusations multiples : harcèlement, discrimination, détournement
Les faits reprochés à Schwab et à son épouse Hilde sont graves. Selon les révélations du lanceur d’alerte, le couple aurait utilisé les ressources du WEF pour financer un train de vie privé somptueux. Massages de luxe dans des hôtels, retraits en espèces par des employés, voyages personnels aux frais de la Fondation, utilisation détournée de la Villa Mundi à Cologny – achetée pour 30 millions de francs suisses et rénovée pour 20 millions supplémentaires.
Mais plus encore, c’est la culture interne du WEF qui est mise en cause. Des accusations de harcèlement sexuel, de discriminations raciales, et de représailles contre des employées revenant de congé maternité entachent l’image de l’institution. Cheryl Martin, ancienne collaboratrice issue de l’administration Obama, aurait été écartée après avoir tenté d’instaurer de nouvelles pratiques. Elle a quitté l’organisation en 2018.
Des centaines d’anciens salariés parlent aujourd’hui de traumatismes, d’humiliations, et d’une culture d’entreprise toxique, où femmes et personnes racisées étaient systématiquement écartées des grandes messes hivernales de Davos.
Schwab dément et annonce une plainte
Klaus Schwab, désormais persona non grata dans l’organisation qu’il a façonnée, réfute catégoriquement toutes les accusations. Il a d’ores et déjà annoncé son intention de porter plainte pour diffamation. La Fondation, elle, reste prudente, affirmant que si les accusations sont « prises au sérieux », elles « ne sont pas prouvées ». Pourtant, le symbole est fort : le Forum de Davos tourne une page.
Pour combler le vide, Peter Brabeck, ancien PDG de Nestlé, a été nommé président par intérim. Le Forum devra désormais reconstruire sa réputation, à l’heure où son autorité morale était déjà contestée dans un monde de plus en plus critique envers les élites globales.
La Rédaction

