Des ONG environnementales attaquent l’Espagne, accusée de fermer les yeux sur les pratiques illégales de sa flotte dans les eaux africaines.
La pression monte sur l’Espagne. Deux ONG de renom, ClientEarth et Oceana, ont engagé une action en justice contre le gouvernement espagnol, lui reprochant son inaction face à des actes de pêche illégale perpétrés par des navires battant son pavillon au large de l’Afrique de l’Ouest.
Selon les plaignants, plusieurs de ces navires ont volontairement désactivé leur système d’identification automatique (AIS), un outil crucial permettant de suivre les mouvements maritimes. Ces coupures, parfois longues de plusieurs jours, ont été recensées notamment dans les zones économiques exclusives du Sénégal et de la Guinée-Bissau. Une opacité jugée non seulement suspecte, mais aussi potentiellement révélatrice de pratiques illégales.
« Nous avons demandé des enquêtes. L’Espagne a refusé. Nous n’avions plus d’autre choix que de porter l’affaire devant la justice », affirme l’un des représentants de ClientEarth. Les données récoltées par l’organisation Global Fishing Watch viennent étayer ces accusations, illustrant une récurrence inquiétante de ces coupures de signal.
Un vide juridique dénoncé
La législation européenne est pourtant explicite : aucun citoyen ou entreprise de l’Union européenne ne peut participer à des activités de pêche illicites, où que ce soit dans le monde. Elle impose également aux États membres l’obligation de surveiller leur flotte, d’enquêter et de sanctionner si nécessaire.
Mais Madrid argue de limites juridiques : selon ses services, aucune action n’est possible tant que les navires concernés ne figurent pas sur une liste noire internationale. Une justification jugée insuffisante par les ONG, qui y voient une faille juridique majeure, facilitant l’impunité de certains armateurs européens dans des zones particulièrement vulnérables.
Cette inaction prend une dimension encore plus critique alors que l’Union européenne a récemment adressé un avertissement diplomatique au Sénégal, un « carton jaune », pour souligner ses insuffisances dans la lutte contre la pêche illégale. Une alerte qui souligne à quel point la chaîne de responsabilités est globale – et que les États européens ne peuvent s’en exonérer.
La mer en sursis
À travers cette procédure judiciaire déposée devant le tribunal administratif de Madrid, ClientEarth et Oceana espèrent créer un précédent. Leur objectif : forcer l’État espagnol à prendre ses responsabilités et à appliquer pleinement le droit communautaire, dans un contexte où les stocks halieutiques africains sont déjà sous pression.
Alors que des millions de personnes dépendent de la mer pour leur nourriture et leur travail, les ONG rappellent que la pêche illégale n’est pas seulement un crime environnemental. C’est aussi une menace pour la sécurité alimentaire et économique des communautés côtières.
La Rédaction

