À Goma, ville martyre de l’est congolais, la menace ne vient pas que du ciel ou des armes. Deux volcans parmi les plus actifs d’Afrique, le Nyiragongo et le Nyamuragira, y imposent leur loi de feu, tandis que les conflits armés ravivent les blessures d’une région épuisée.
À 3 470 mètres d’altitude, le cratère du Nyiragongo révèle un lac incandescent, en perpétuel mouvement. Ce spectacle hypnotique, visible à l’œil nu, cache pourtant une réalité alarmante. À quelques kilomètres au nord, son voisin le Nyamuragira, plus large et plus plat, contient lui aussi une mer de lave bouillonnante. Ensemble, ces deux géants cumulent plus de 60 éruptions depuis 1900, soit près de 40 % de l’activité volcanique en Afrique.
Deux volcans, deux natures, un même danger
Le Nyiragongo est un stratovolcan, à cône abrupt et cratère étroit, propice aux éruptions violentes et aux coulées rapides. Le Nyamuragira, lui, est un volcan bouclier, à pente douce, propice à la formation de larges lacs de lave. Malgré leurs différences, ils partagent un passé commun : ils se sont formés il y a environ 12 000 ans dans la vallée du Grand Rift, une zone tectonique hautement instable où les plaques africaines se déchirent lentement.
Leur proximité explique qu’ils puissent entrer en éruption à quelques mois d’intervalle, comme cela s’est produit à plusieurs reprises depuis 2014. Le Nyamuragira a connu trois longues éruptions entre 2014 et 2018, tandis que le Nyiragongo est resté actif depuis sa dramatique éruption de 2002.
Goma, ville martyre sous la menace permanente
Goma, avec plus d’un million d’habitants, vit à l’ombre de ces deux monstres. En 1977, une fissure sur le flanc du Nyiragongo a libéré 22 millions de mètres cubes de lave, tuant 2 000 personnes en moins d’une heure. En 2002, une nouvelle éruption a détruit 20 % de la ville, forçant 120 000 personnes à fuir leurs maisons.
Mais la menace ne vient pas seulement du feu souterrain. Depuis des décennies, Goma porte aussi les stigmates d’un conflit armé persistant, nourri par les rivalités géopolitiques, les groupes rebelles et l’exploitation illégale des ressources du Kivu. Entre les secousses de la terre et les détonations des armes, la population vit dans une insécurité constante, partagée entre peur de l’éruption et crainte des violences.
Les scientifiques peinent à prédire les cataclysmes volcaniques. Le niveau du lac de lave est l’un des rares indicateurs disponibles : plus il est haut, plus la pression interne est forte, augmentant le risque d’éruption. Mais ces signaux restent difficiles à interpréter, surtout dans un contexte où les priorités humanitaires et sécuritaires rivalisent avec les moyens de surveillance scientifique.
Le souffle invisible des enfers
Au-delà des coulées, les gaz volcaniques représentent une menace silencieuse. Le Nyiragongo rejette en continu du dioxyde de carbone (CO2) en quantité massive. Invisible et inodore, ce gaz lourd reste au ras du sol, chassant l’oxygène dans certaines zones. Il est surnommé mazuku — “le souffle du Diable” en swahili.
Ce gaz a déjà causé plusieurs décès d’animaux et d’humains, notamment dans les heures qui suivent une éruption. Il rend également dangereux le retour dans les zones évacuées. L’Observatoire volcanologique de Goma, sous-équipé et souvent en manque de moyens, tente de surveiller les deux volcans sans interruption.
Vivre avec le feu
Les habitants de Goma ont appris à composer avec cette présence. Le volcan rythme la vie, entre fascination et résignation. On l’observe, on le redoute, on lui prête des noms, des légendes. Mais on sait aussi qu’il ne prévient pas toujours avant de frapper.
Face à ces chaudrons bouillonnants, la ville continue pourtant de grandir. Goma avance, entre espoir et crainte, suspendue aux caprices d’une terre qui gronde sous ses pieds et des conflits qui gangrènent sa surface.
La Rédaction

