Trente-quatre ans après sa création, la Minurso – Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental semble n’avoir jamais été aussi proche de l’extinction. Officiellement toujours en activité, son efficacité est contestée, son mandat gelé, et son avenir, incertain. Sur fond de repositionnement stratégique des États-Unis en faveur du Maroc, les équilibres fragiles de la région vacillent.
Des effectifs en question, un mandat en suspens
Depuis plusieurs jours, médias sahraouis et marocains évoquent une réduction des effectifs de la Minurso, voire une fin prochaine de sa mission. Contactée à ce sujet, la Mission réfute tout départ de personnel. « La Minurso n’a suspendu le renouvellement d’aucun contrat pour son personnel », assure son responsable de la communication. Mais ce dernier nuance : « Le recrutement est un processus continu et dépend de nombreux facteurs logistiques et budgétaires. »
Derrière cette réponse diplomatique se cache une réalité plus troublante : sur le terrain, les observateurs rapportent une présence minimale et une capacité d’action réduite à peau de chagrin. Le référendum d’autodétermination pour lequel la Minurso avait été mandatée en 1991 semble désormais relégué aux oubliettes.
Le poids du virage américain
En décembre 2020, le président Donald Trump reconnaissait la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation des relations entre Rabat et Israël. Cette décision, jamais formellement annulée par l’administration Biden, a bouleversé les équilibres diplomatiques. Washington, autrefois considéré comme un arbitre influent du processus onusien, penche désormais clairement du côté marocain.
Cette inflexion américaine mine le travail de la Minurso, dont le mandat dépend du consensus au sein du Conseil de sécurité. À mesure que les grandes puissances renoncent à une solution fondée sur le droit international, l’ONU voit son rôle marginalisé. Résultat : la Minurso demeure sur place, mais agit dans le vide.
Une mission sans horizon
Dans les faits, la Minurso ne surveille plus que le cessez-le-feu – régulièrement violé depuis sa rupture par le Front Polisario en 2020 – et n’a plus les moyens politiques ni opérationnels d’organiser un quelconque référendum. Le sentiment d’abandon grandit chez les Sahraouis, tandis que le Maroc continue de renforcer sa présence dans la région, notamment à travers des projets d’infrastructures et de développement économique.
À Guerguerat, au sud du Sahara occidental, point de tension majeur entre le Maroc et le Polisario, les Casques bleus de la Minurso apparaissent comme des figurants d’un conflit gelé, dont l’issue semble désormais dictée par les rapports de force, bien plus que par le droit.
Vers la fin d’un symbole ?
La question de la Minurso n’est pas seulement technique. Elle symbolise l’engagement (ou le désengagement) de la communauté internationale dans un conflit oublié. Son effacement progressif pose une question plus vaste : celle de la capacité de l’ONU à faire respecter ses résolutions, lorsqu’elles se heurtent aux intérêts géopolitiques des grandes puissances.
Pour les Sahraouis, la disparition de la Minurso serait le dernier clou dans le cercueil d’un espoir nourri depuis des décennies. Pour Rabat, ce serait la consécration d’une victoire diplomatique patiemment construite. Pour l’ONU, ce serait un échec cuisant, mais silencieux.
La Rédaction

