À Conakry, le procès en appel d’Aliou Bah, figure de l’opposition guinéenne, s’est tenu ce mercredi à huis clos, dans une atmosphère chargée d’inquiétudes. Condamné en première instance à deux ans de prison pour « offense » au général Mamadi Doumbouya, chef de la junte au pouvoir, Aliou Bah voit sa situation emblématique d’un climat politique de plus en plus répressif.
Silence imposé, défense absente
Le huis clos, imposé par les autorités, a tenu à distance non seulement la presse et les observateurs diplomatiques, mais aussi les avocats de la défense qui ont quitté la salle d’audience pour « raisons de sécurité ». Me Antoine Pépé Lamah, l’un des avocats d’Aliou Bah, dénonce une procédure « viciée » et dangereuse, dans un contexte où l’exercice des droits élémentaires devient périlleux. La défense estime que les propos reprochés à l’opposant – notamment ses appels aux leaders religieux à dénoncer les dérives du régime et sa critique ouverte du CNRD – relèvent de la liberté d’expression.
Un régime de plus en plus verrouillé
Depuis le coup d’État militaire de septembre 2021, qui a écarté le président Alpha Condé, la junte dirigée par Mamadi Doumbouya s’est engagée dans une gestion autoritaire du pouvoir. Les arrestations d’opposants se multiplient, certaines figures disparaissent sans explication, et les libertés fondamentales, comme le droit de manifester ou de s’exprimer librement, sont sévèrement restreintes. Plusieurs médias ont été fermés ou suspendus. Les rassemblements appelant à un retour à un régime civil sont régulièrement interdits.
Une justice instrumentalisée ?
Le procès d’Aliou Bah soulève une question essentielle : la justice guinéenne est-elle encore indépendante ? Pour de nombreux défenseurs des droits humains, elle semble désormais réduite à un outil au service du pouvoir militaire. Dans ce contexte, le procès en appel devient un symbole de la fermeture politique du pays, où même les recours juridiques peinent à fonctionner normalement.
La Rédaction

