Le Ghana tourne une page stratégique de son histoire minière. Dans un communiqué publié ce 14 avril, le gouvernement a annoncé l’interdiction formelle faite aux étrangers d’opérer directement sur son marché local de l’or. Cette décision, portée par le Conseil de l’or du Ghana (GoldBod), vise à restaurer la souveraineté économique sur un secteur clé et à enrayer les dérives environnementales et monétaires qui l’accompagnent.
À compter du 30 avril 2025, tous les acteurs étrangers devront se retirer du circuit local de la vente et de l’achat d’or. Désormais, seul GoldBod est habilité à acheter, vendre, évaluer et exporter l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle. Ce changement de cap s’inscrit dans une volonté affichée de contrôler plus rigoureusement les flux d’or et d’enrayer la fuite de valeur ajoutée hors du pays. Pendant des années, de nombreuses sociétés étrangères, notamment chinoises, ont profité du flou réglementaire pour s’implanter dans ce secteur peu structuré.
Monnaie nationale et centralisation du commerce
Autre mesure forte : toute transaction sur le marché local devra se faire en cedi, la monnaie nationale, et à un prix basé sur le taux de référence de la Banque du Ghana. Cette exigence répond à une logique de stabilisation monétaire, dans un contexte de forte pression sur le cedi face aux devises étrangères. Les étrangers, pour leur part, ne sont pas totalement exclus : ils pourront acheter de l’or uniquement via GoldBod, qui devient le guichet unique du commerce aurifère.
Fin de la complaisance face au “galamsey”
Ce durcissement réglementaire s’inscrit aussi dans une stratégie plus large de lutte contre l’orpaillage illégal, localement appelé galamsey. Cette activité, souvent incontrôlée, a causé des ravages considérables sur l’environnement et la santé publique. En 2018, elle représentait plus de 40 % de la production aurifère du Ghana, avec des conséquences dramatiques : plus de 2,5 millions d’hectares de forêts détruits, des cours d’eau saturés en métaux lourds, et des zones agricoles irrémédiablement polluées.
Sous la pression populaire – des milliers de personnes ont manifesté ces dernières années – le président John Dramani Mahama, tout juste reconduit dans ses fonctions, a fait de cette réforme une priorité. Il s’agit pour lui d’enrayer l’anarchie du secteur, de protéger les ressources naturelles et de redonner aux communautés locales un rôle central dans la gestion de leur richesse minière.
Une volonté de rupture
La décision du Ghana envoie un signal fort à d’autres pays africains confrontés aux mêmes défis. À la croisée des enjeux économiques, monétaires et écologiques, elle affirme une volonté politique rare : reprendre le contrôle d’un secteur vital trop longtemps laissé aux mains d’intérêts extérieurs. Reste à voir si cette centralisation permettra, à terme, une meilleure répartition des bénéfices et une exploitation plus durable de l’or ghanéen.
La Rédaction

