L’annonce a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans les cercles universitaires sénégalais. Le 8 avril 2025, la Fondation Mo Ibrahim a officialisé l’intégration de l’ancien président Macky Sall à son Conseil et au Comité du Prix Ibrahim pour la gouvernance en Afrique. Mais à Dakar, cette désignation suscite un tollé : une soixantaine d’intellectuels dénoncent un contre-sens historique et éthique.
Une tribune pour dire non
À peine trois jours après l’annonce, 64 enseignants, chercheurs et universitaires ont publié une tribune cinglante dans laquelle ils s’opposent à cette nomination. Leur grief principal : l’image de Macky Sall serait, selon eux, en contradiction totale avec les valeurs que promeut la Fondation, à savoir le respect des libertés fondamentales et la bonne gouvernance. Parmi les signataires, Oumar Dia, philosophe à l’Université Cheikh Anta Diop, accuse : « Cette nomination revient à récompenser un pouvoir autoritaire. Le second mandat de Macky Sall s’est soldé par une dérive manifeste des institutions. »
Les cicatrices du mandat prolongé
Le débat n’est pas seulement idéologique. Il se fonde sur des événements récents, encore frais dans la mémoire collective. La tentative de report de l’élection présidentielle de février 2024, finalement bloquée par le Conseil constitutionnel après une mobilisation massive de la société civile, reste un traumatisme démocratique au Sénégal. Pour les signataires, cette crise constitue une ligne rouge franchie, incompatible avec les critères d’exemplarité que devrait incarner un membre du comité du Prix Ibrahim.
Une fondation en porte-à-faux avec son image
Créée en 2006, la Fondation Mo Ibrahim s’est taillé une réputation d’institution indépendante, récompensant les dirigeants africains ayant quitté le pouvoir dans le respect des règles démocratiques. En intégrant Macky Sall, elle semble ignorer les controverses qui ont émaillé la fin de son règne. Une contradiction que les signataires pointent avec insistance : « C’est tout le contraire des valeurs de la Fondation que cette nomination incarne », insistent-ils.
Réactions divergentes
Du côté du parti de l’ex-président, l’Alliance pour la République (APR), on applaudit la décision. Le communiqué publié le 10 avril salue une « reconnaissance internationale » et qualifie de « propos inélégants » les critiques venues d’universitaires et de membres de l’actuel régime. En face, la Fondation elle-même reste silencieuse, ne commentant ni la polémique ni la tribune.
Ce bras de fer symbolique illustre une fracture persistante au sein de la société sénégalaise : entre mémoire critique du pouvoir sortant et tentation de réhabilitation internationale, le débat sur l’héritage de Macky Sall est loin d’être clos.
La Rédaction

