L’audition des candidats au poste de directeur général de l’Unesco pour le mandat 2025-2029 se tiendra le mercredi 9 avril 2025, lors de la 221e session du Conseil exécutif, qui se déroule du 2 au 17 avril à Paris. À cette occasion, trois trajectoires s’affrontent : celle d’une Amérique latine tournée vers l’innovation, celle du monde arabe misant sur l’humain, et celle d’une Afrique prête à reprendre un flambeau trop longtemps éteint.
Si Audrey Azoulay, directrice sortante, laisse derrière elle un bilan salué – notamment pour sa contribution à la régulation éthique de l’intelligence artificielle et la préservation du patrimoine de Mossoul –, l’heure est venue pour l’Unesco de désigner un nouveau visage, capable d’incarner sa continuité sans renoncer au changement.
Parmi les candidats, l’Africain Firmin Edouard Matoko se distingue non seulement par son parcours interne à l’organisation – une trentaine d’années de service, des missions stratégiques de premier plan – mais aussi par son ancrage régional fort. Soutenu par la République du Congo, il propose de faire de l’Unesco un levier renforcé pour l’éducation, la culture et la science, avec un accent renouvelé sur la défense des journalistes, la valorisation du patrimoine africain et la lutte contre les dérèglements climatiques. Plus qu’un retour de l’Afrique à la tête de l’organisation, sa candidature est un appel à réconcilier l’Unesco avec ses fondements universalistes, à l’heure où le multilatéralisme est fragilisé.
Face à lui, Khaled Ahmed El-Enany Ali Ezz, représentant du monde arabe, défend une vision inclusive plaçant l’humain au centre, tandis que Gabriela Ilian Ramos Patino, soutenue par l’Amérique latine, mise sur l’innovation et l’autonomisation comme moteurs de transformation. Des promesses sérieuses, mais qui peinent à faire oublier le poids historique d’un continent africain encore sous-représenté dans les arènes globales.
L’enjeu de cette élection dépasse donc la seule stratégie institutionnelle. Cinquante ans après Amadou Mahtar Mbow – premier Africain à avoir dirigé l’Unesco en 1974 – Matoko incarne la possibilité d’un nouveau cycle. Celui d’une Afrique qui ne quémande pas sa place, mais revendique son rôle dans l’écriture du présent et de l’avenir. Le soutien affirmé de réseaux comme le RAPEC, actif dans la promotion de la Journée mondiale des cultures africaines et afro-descendantes, témoigne d’un engagement profond et durable.
Derrière cette audition se joue donc bien plus qu’une simple nomination. C’est une page d’histoire qu’il s’agit de tourner, ou de continuer. Car pour faire face aux défis contemporains, l’Unesco aura besoin de plus qu’un bon gestionnaire : elle devra se doter d’un visionnaire, enraciné et global, à l’image du continent qu’il représente.
La Rédaction

