Au Zimbabwe, l’ombre des grandes manœuvres s’étend sur Harare. Derrière les murs du pouvoir, une lutte sourde se joue : celle de la succession d’Emmerson Mnangagwa. Si le président semble toujours tenir fermement les rênes, l’entrée en scène du magnat Kudakwashe Tagwirei bouleverse les équilibres fragiles d’une élite politique habituée aux jeux souterrains.
Un financier qui sort du bois
Longtemps acteur discret du régime, Tagwirei s’est imposé comme un pilier financier du parti au pouvoir, la ZANU-PF. Son influence, acquise grâce à des contrats lucratifs et un réseau tissé dans les cercles économiques et politiques, lui a permis d’évoluer en coulisses. Mais la décision de le faire entrer officiellement au Comité central de la ZANU-PF signe un tournant : Tagwirei ne se cache plus. Son ascension suscite des interrogations, et surtout des résistances.
Chiwenga, l’empêcheur de régner
Si Mnangagwa et ses alliés voient en Tagwirei un successeur naturel pour protéger leurs intérêts, un homme fait obstacle : le vice-président Constantino Chiwenga. Ancien chef de l’armée et acteur-clé du coup d’État de 2017, il n’a jamais digéré que Mnangagwa conserve le pouvoir plus longtemps que prévu. Son influence militaire et sa base de soutien lui donnent les moyens de s’opposer à l’ascension de Tagwirei.
C’est dans ce contexte que Blessed Geza, vétéran de guerre et proche de Chiwenga, est entré en scène. Dans une vidéo choc diffusée sur les réseaux sociaux, il a appelé à la destitution de Mnangagwa, dénonçant la corruption et le contrôle du pays par une poignée d’oligarques. Quelques jours plus tard, des manifestations d’une ampleur inédite depuis 2019 secouaient Harare, mettant le régime sous pression.
Un fragile équilibre
La réplique ne s’est pas fait attendre. Mnangagwa a réorganisé le commandement militaire en écartant Anselem Sanyatwe, un allié de Chiwenga, et en le reléguant au ministère des Sports. Cette manœuvre vise à affaiblir l’influence de l’armée dans le jeu politique, un pari risqué quand on connaît le poids des militaires dans l’histoire récente du Zimbabwe.
Mais l’opposition ne faiblit pas. Les manifestations anti-corruption ont pris une tournure politique, dénonçant l’Agenda 2030, un projet visant à prolonger le règne de Mnangagwa. Face à la colère populaire, la police a répondu par des arrestations massives et des tirs de gaz lacrymogènes. Pendant ce temps, la faction de Chiwenga s’organise, cherchant à rassembler suffisamment de soutiens pour renverser la dynamique.
Une guerre sans fin ?
La lutte pour la succession de Mnangagwa ne fait que commencer. Si le président parvient à imposer Tagwirei, il assurera la continuité de son héritage et la protection de son cercle rapproché. Mais Chiwenga, affaibli mais toujours influent, pourrait choisir l’affrontement, quitte à réveiller les vieux réflexes militaires du régime.
Dans ce jeu d’alliances et de trahisons, une chose est sûre : le Zimbabwe entre dans une période d’incertitude où tout semble possible.
La Rédaction

