Une décision qui divise et ravive les plaies. Une semaine après sa grâce présidentielle, l’ex-dirigeant guinéen Moussa Dadis Camara a retrouvé la liberté, au grand dam des défenseurs des droits humains. Condamné en 2024 à vingt ans de prison pour crimes contre l’humanité après le massacre du 28 septembre 2009, il a quitté sa cellule sous prétexte de raisons médicales. Un geste du chef de la junte actuelle, Mamadi Doumbouya, qui bouleverse un processus judiciaire déjà fragile.
Une justice fragilisée
Le massacre du stade de Conakry reste un traumatisme national. Ce jour-là, des militaires ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques, tuant au moins 156 personnes et violant plus d’une centaine de femmes, selon une enquête de l’ONU. Pendant plus d’une décennie, l’impunité a prévalu, jusqu’à l’ouverture d’un procès historique en 2022, où plusieurs anciens hauts responsables étaient jugés. La condamnation de Moussa Dadis Camara, reconnu coupable en tant que chef de la junte de l’époque, avait été saluée comme une avancée majeure contre l’impunité en Guinée. Sa libération, elle, interroge : un chef d’État peut-il ainsi court-circuiter une décision de justice au nom de la clémence ?
Indignation et inquiétude
L’ONU et plusieurs ONG, dont la FIDH, ont dénoncé une décision qui affaiblit l’État de droit et trahit les victimes. Pour les familles des disparus et les survivantes, c’est une gifle. « Nous avions enfin obtenu une condamnation, et voilà qu’il est libre », témoigne une militante des droits des femmes, sous le choc. À Conakry, l’opposition crie à la manipulation politique, tandis que les partisans de l’ex-dirigeant célèbrent un « retour à la raison ».
La grâce accordée par Mamadi Doumbouya reflète une réalité guinéenne complexe : une justice souvent soumise aux aléas du pouvoir, où la réconciliation nationale est invoquée pour justifier des décisions controversées. Mais peut-il y avoir réconciliation sans justice ? La question demeure, et avec elle, le risque d’un nouveau cycle d’injustices.
La Rédaction

