Au Burkina Faso, la situation des journalistes devient de plus en plus inquiétante. Human Rights Watch a récemment exprimé son inquiétude concernant l’escalade de la répression contre la presse depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir en 2022. L’ONG de défense des droits humains a dénoncé les arrestations arbitraires et les disparitions inquiétantes de journalistes, ainsi que l’intensification des menaces pesant sur ceux qui osent critiquer le régime.
En l’espace d’une semaine, au moins huit personnes, dont cinq journalistes, ont été enlevées par des hommes en civil sans mandat ni motif officiel. Tous ont été emmenés dans un lieu dont le secret reste gardé. Cette répression s’est accentuée ces derniers mois, avec des journalistes de renom comme Atiana Serge Oulon du journal L’Evénement et Boukari Ouoba du Reporter qui ont disparu après avoir été enlevés. Ces actes témoignent d’une volonté claire de museler toute voix dissidente.
La semaine dernière, lors d’une rencontre à Ouagadougou, l’Association des journalistes du Burkina a dénoncé la mainmise de la junte sur les médias publics. Guézouma Sanogo, président de l’Association, a évoqué les enlèvements et séquestrations des journalistes comme une tactique systématique pour étouffer la liberté d’expression dans le pays. Boukari Ouoba, récemment élu vice-président de l’AJB, en a fait les frais, enlevé en pleine ascension professionnelle.
Les journalistes burkinabè sont de plus en plus dans la peur. Certains refusent de prendre la parole, craignant d’être la prochaine cible de cette répression qui vise à étouffer toute critique. L’affaire des disparitions, notamment celle de Boukari Ouoba, témoigne de la gravité de la situation. Reconnu pour ses enquêtes et son engagement, Ouoba était une figure respectée, notamment pour son travail de fond sur des sujets sensibles comme la disparition du milicien Django, et sa défense des droits de ses confrères. Son enlèvement est un avertissement inquiétant pour la presse burkinabè.
Les récentes arrestations et disparitions de journalistes, dont celle de Serge Oulon, directeur de L’Evénement, un enquêteur de renom, révèlent la tension grandissante qui pèse sur la profession. En 2022, Oulon avait révélé un scandale de détournement de fonds publics, ce qui l’avait mis dans le collimateur des nouvelles autorités. Son dernier éditorial, titré “Qu’est-ce qui nous arrive ?” en août dernier, semblait déjà annoncer la gravité de la crise traversée par la presse burkinabè.
Ainsi, la liberté de la presse au Burkina Faso est aujourd’hui en danger, avec une multiplication des actes de répression qui ne semblent destinés qu’à faire taire ceux qui cherchent à dénoncer les dérives du pouvoir en place.
La Rédaction

