En Australie-Occidentale, des centaines d’enfants aborigènes sont retirés de leurs familles chaque année et placés dans des foyers d’accueil, souvent sans solutions de soutien adaptées pour leurs parents. Un rapport accablant de Human Rights Watch révèle l’ampleur du phénomène et met en lumière les failles d’un système qui, au lieu d’aider, perpétue un cycle de souffrance et de séparation.
Un retrait massif des enfants aborigènes
L’Australie-Occidentale détient le triste record du plus haut taux de retrait d’enfants aborigènes de leurs familles. Ces enfants ont 20 fois plus de chances d’être placés en foyer que les enfants non autochtones. En vingt ans, leur nombre a été multiplié par six : de 570 en 2003 à plus de 3 000 en 2023, représentant désormais près de 60 % des placements dans l’État.
Les raisons avancées par les autorités ? La violence domestique et le manque de logement adéquat. Pourtant, ces situations ne relèvent pas nécessairement de la maltraitance mais plutôt de la pauvreté et de l’insuffisance des services sociaux. Plutôt que d’aider les familles à trouver des solutions, l’État opte pour la séparation, provoquant un traumatisme durable.
Une “culpabilisation des victimes”
Le rapport met en évidence un phénomène alarmant : des mères aborigènes craignent de demander de l’aide de peur que leurs enfants leur soient retirés. Certaines évitent même les consultations médicales après des violences conjugales, redoutant que les services sociaux interprètent leur situation comme un échec parental.
Le manque de logement est lui aussi assimilé à une forme de négligence, alors qu’il s’agit avant tout d’un problème structurel. Comme le souligne Marianne Headland Mackay, coordinatrice du National Suicide Prevention and Trauma Recovery Project, « plutôt que d’aider ces familles à avoir un toit, le gouvernement préfère leur enlever leurs enfants, aggravant encore leur détresse ».
Un système qui perpétue les “Générations volées”
Cette politique rappelle les pratiques du passé, où des milliers d’enfants aborigènes ont été arrachés à leurs familles jusqu’aux années 1970 dans une volonté d’“assimilation forcée”. Beaucoup de familles concernées aujourd’hui sont descendantes de survivants de ces “Générations volées”. Une grand-mère confie que six générations de sa famille ont vécu ces séparations.
Malgré les excuses officielles du gouvernement australien en 2008, les blessures ne sont jamais refermées. Pire encore, l’État d’Australie-Occidentale investit moins de 5 % de son budget de protection de l’enfance dans des programmes de soutien aux familles, bien en dessous de la moyenne nationale (15 %).
Des enfants retirés pour être maltraités ailleurs ?
Ironie tragique : si le but du système de protection de l’enfance est d’éloigner les enfants du danger, certains d’entre eux subissent des violences encore plus graves après leur placement. Human Rights Watch a documenté des cas d’abus physiques, sexuels et psychologiques dans les foyers d’accueil.
Face à cette situation, l’ONG demande une refonte complète du système. Parmi les recommandations :
• Un soutien réel aux familles avant tout retrait d’enfant,
• La participation active des Premières Nations aux décisions,
• La nomination d’un commissaire indépendant pour enquêter sur les plaintes liées aux placements abusifs.
“Séparer un enfant de sa famille doit être une mesure de dernier recours, pas une politique de gestion de la pauvreté”, rappelle Annabel Hennessy, chercheuse pour Human Rights Watch.
Des excuses ne suffisent plus
Les gouvernements australiens se sont excusés pour le passé, mais la réalité prouve que les pratiques n’ont pas changé. En continuant de priver les enfants aborigènes de leur famille, l’État perpétue un traumatisme intergénérationnel et brise des communautés entières.
Le proverbe dit : “Un arbre sans racines ne peut pas grandir”. Tant que ces politiques resteront en place, c’est tout un peuple qui se verra privé de son avenir.
La Rédaction

