La liberté d’expression et de la presse connaît une répression sans précédent au Burkina Faso. L’Association des journalistes du Burkina Faso (AJB) tire la sonnette d’alarme sur une situation qu’elle juge “jamais égalée” dans l’histoire récente du pays. Depuis le coup d’État militaire de septembre 2022, les autorités de transition resserrent leur contrôle sur les médias, réduisant peu à peu au silence les voix dissidentes.
Une mainmise totale sur les médias publics
Selon Guézouma Sanogo, président de l’AJB, la junte a mis “une totale mainmise” sur les médias d’État, transformant des institutions comme la Radio-télédiffusion du Burkina (RTB) et l’Agence d’information du Burkina (AIB) en “outils de propagande”. Une dérive qui inquiète les défenseurs de la liberté de la presse, alors que le pays traverse une crise sécuritaire majeure liée aux violences jihadistes.
Mais la répression ne s’arrête pas aux médias publics. La junte a également expulsé plusieurs organes de presse indépendants et œuvre activement pour réduire leur présence à l’échelle nationale. Les restrictions ne concernent pas seulement la presse locale : plusieurs médias étrangers ont vu leur accès suspendu ou leur diffusion interdite, les autorités les accusant d’entraver leur lutte contre les groupes armés.
Des journalistes enlevés et portés disparus
La situation a pris une tournure encore plus inquiétante en 2024, avec la disparition forcée de plusieurs journalistes et chroniqueurs. Phil Roland Zongo, membre de l’AJB, révèle que “au moins trois journalistes et quatre chroniqueurs ont été enlevés, certains étant toujours portés disparus”. Parmi eux, Atiana Serges Oulon, Bienvenu Apiou, James Dembelé, Mamadou Ali Compaoré, Kalifa Seré, Adama Bayala et Alain Traoré dit “Alain Allain”.
L’ONG Reporters sans frontières (RSF) avait déjà alerté sur ces disparitions en fin d’année dernière, soulignant un climat de peur grandissant au sein de la profession. Ces enlèvements s’inscrivent dans une tendance plus large d’intimidation et de représailles visant ceux qui osent critiquer le régime militaire.
Une dérive répressive sous couvert de lutte antijihadiste
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, la répression ne touche pas uniquement les journalistes. Toute voix jugée “hostile” au régime est susceptible d’être réduite au silence. Cette semaine encore, le mouvement politique Sens (Servir et non se servir) a signalé l’enlèvement de cinq de ses membres, dont un journaliste, après avoir dénoncé des massacres de civils attribués aux forces armées burkinabè et à leurs supplétifs.
Derrière ces mesures coercitives, les autorités justifient leurs actions par la nécessité de lutter contre le terrorisme qui ravage le pays depuis près d’une décennie. Les violences jihadistes ont déjà fait plus de 26 000 morts selon l’ONG Acled, et des milliers de personnes ont été déplacées. Cependant, pour de nombreux observateurs, cette situation ne saurait justifier la suppression des libertés fondamentales.
Une presse bâillonnée, un pays sous tension
La liberté d’informer est aujourd’hui en péril au Burkina Faso. Face à une répression croissante, les journalistes se retrouvent à exercer leur métier dans la peur, tandis que la population voit ses sources d’information se réduire progressivement. Le muselage de la presse s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions des libertés publiques, faisant du pays l’un des environnements les plus hostiles pour les médias en Afrique de l’Ouest.
Les dénonciations de l’AJB et des ONG internationales suffiront-elles à inverser la tendance ? Pour l’instant, le silence s’impose, et la voix des journalistes s’éteint peu à peu sous la pression du pouvoir militaire.
La Rédaction

