Robert : Un artiste inspiré et inspirant
Nichée dans un duplex du quartier Apédokoé à Lomé, la Galerie Sessimé est bien plus qu’un espace d’exposition : c’est un lieu de vie, de création et de transmission porté par l’artiste peintre Agbodoh-Falschau Komlan Robert, connu sous le nom de Falschau. Figure emblématique du paysage artistique togolais, il a formé plusieurs générations d’artistes et a su s’imposer par la qualité et l’authenticité de son travail.Malgré un handicap aux membres inférieurs qui l’a marqué dès l’enfance, Falschau a su transformer cette singularité en une force créatrice, développant très tôt une passion pour le dessin.
À travers cette interview, il nous plonge dans son univers, retrace son parcours et partage sa vision de l’art togolais aujourd’hui et demain.


Vos débuts dans l’art remontent à votre enfance. Comment s’est faite cette rencontre avec la création ?
Mes débuts dans l’art remontent à mon plus jeune âge. Mon handicap m’empêchait de me déplacer et de jouer comme les autres enfants de mon âge. J’étais souvent confiné et mes seuls compagnons étaient le papier et les crayons. J’ai donc commencé à dessiner instinctivement, trouvant dans cet exercice une forme d’évasion. Plus tard, ma passion pour la bande dessinée a nourri mon imagination. Je reproduisais avec aisance les personnages et les scènes qui me plaisaient, ce qui m’a permis de développer rapidement une maîtrise du dessin.
Vous avez arrêté vos études au niveau primaire. Cela at-il été un obstacle pour votre évolution ?
Je n’ai pas fait d’études secondaires, je me suis arrêté au CM2. Mais cela ne m’a pas empêché de beaucoup lire et d’apprendre par moi-même. J’ai développé une curiosité et de la persévérance qui m’ont étéessentielles pour avancer dans la vie.


Vous avez ensuite appris la calligraphie publicitaire. Comment cela a-t-il influencé votre parcours ?
Oui, en raison des difficultés à poursuivre ma scolarité de manière traditionnelle, j’ai décidé d’apprendre un métier. En 1984, mon premier choix s’est porté sur la calligraphie publicitaire, que j’ai étudiée pendant trois ans dans l’atelier de monsieur OHIN, un artiste réputé à Lomé. Après trois années, j’ai obtenu avec succès mon Certificat de Fin d’Apprentissage. Cette formation m’a permis d’acquérir une discipline du trait et une rigueur qui ont ensuite enrichi mon travail de peintre.
Avez-vous eu des mentors ou des rencontres marquantes qui vous ont guidé dans votre parcours ?
Oui, j’ai eu la chance de croiser un enseignant de dessin d’origine ghanéenne, qui enseignait au Lycée du 2 Février à Lomé. Il m’a encouragé, conseillé et poussé à aller plus loin dans mon art. Ses mots ont joué un rôle clé dans ma détermination à poursuivre cette voie.


Comment avez-vous commencé à exposer vos œuvres ?
J’ai commencé très tôt ma carrière en tant que professionnel. Mes premières expositions étaient collectives et se déroulaient notamment à l’ancien Centre Culturel Français de Lomé. Toutefois, j’ai majoritairement travaillé sur commande et n’ai pas vraiment privilégié les expositions personnelles.
Vous avez formé de nombreux artistes togolais. Quelle place occupe la transmission dans votre parcours ?
Transmettre est essentiel pour moi. J’ai eu la chance d’acquérir un savoir-faire, et il me semble naturel de le partager. Beaucoup d’artistes togolais vivent aujourd’hui de leur art après avoir été passés par mon enseignement, et c’est une grande fierté.


Votre style est aujourd’hui facilement reconnaissable. Comment le définiriez-vous ?
Je n’ai pas cherché à développer un style particulier. Mon travail a évolué naturellement et avec le temps, il est devenu identifiable. Mes œuvres parlent avant tout de cohésion sociale. Je m’inspire beaucoup de la vie quotidienne, des sentiments et des défis que rencontre l’homme dans son environnement.
L’art est un métier exigeant. Comment gérez-vous l’accès aux matériaux et à la qualité de votre production ?
L’art exige de la rigueur et de l’investissement. J’ai compris cela très tôt et j’ai décidé d’investir dans du matériel de qualité, même s’il n’est pas toujours disponible au Togo. J’importe souvent mes fournitures d’Europe et j’en mets à disposition de mes élèves et d’autres artistes togolais.


Comment percevez-vous l’évolution du marché de l’art au Togo ?
Le marché de l’art au Togo est en pleine croissance. Avec l’urbanisation rapide et la construction de nouveaux bâtiments, il y a une plus grande consommation d’art. De plus en plus des Togolais s’intéressent aux œuvres locales et cela est très encourageant. Je suis optimiste pour l’avenir des nouvelles générations d’artistes togolais.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent se lancer dans les arts plastiques ?
Je leur dirais avant tout de ne pas être pressés. La vie est une école de patience et tout vient à point nommé. Il faut se former auprès d’un maître compétent et doué, puis tracer son propre chemin pour développer un univers artistique personnel.


Vous avez toujours financé votre carrière sans subvention. Pourquoi ce choix ?
Je ne me suis jamais posé la question d’une aide extérieure. Je me suis toujours concentré sur mon travail et sur ce que je savais faire : créer. C’est cette discipline et cet engagement qui m’ont permis de vivre de mon art.
Vous avez voyagé, notamment en France. Quel impact ces expériences ont-elles eu sur vous ?
Mes voyages m’ont permis d’élargir ma vision du monde et de l’art. En France, j’ai découvert d’autres manières de travailler, d’autres regards sur la création. Cela a enrichi mon parcours et m’a donné encore plus d’assurance dans mon propre travail.


Quel est votre vœu pour l’avenir de l’art au Togo ?
J’aimerais que l’on institue un amour pour les métiers créatifs véritables dès l’école. La création est essentielle pour le développement durable d’un pays. Nos plus hautes autorités, notamment le chef de l’État, ont toujours montré leur soutien aux artistes togolais. J’espère qu’elles continueront à investir davantage dans les infrastructures culturelles et à financer de manière conséquente les projets des artistes.
En conclusion, quel message souhaitez-vous adresser aux amateurs d’art et aux collectionneurs ?
L’art est un patrimoine vivant. Chaque œuvre raconte une histoire et véhicule une part de notre identité. J’encourage les collectionneurs et amateurs d’art à soutenir davantage les artistes togolais, car notre créativité est immense et mérite d’être mise en lumière.
Richard Laté Lawson-Body

