Ursula von der Leyen est arrivée à Kyiv ce lundi matin pour marquer le troisième anniversaire de l’invasion russe, dans un contexte de tensions croissantes sur l’avenir du soutien occidental à l’Ukraine. Alors que Donald Trump mène une offensive diplomatique pour négocier directement avec la Russie, l’Europe s’inquiète d’un accord précipité qui pourrait fragiliser la sécurité du continent.
La présidente de la Commission européenne a annoncé une aide de 3,5 milliards d’euros destinée à stabiliser les finances ukrainiennes et à renforcer la production d’armement local. Cette somme constitue une avance sur le fonds d’aide de 50 milliards d’euros créé début 2024, connu sous le nom de “Ukraine Facility”. Si Bruxelles a assuré les besoins financiers de Kyiv pour l’année, l’approvisionnement en armes après l’été demeure incertain.
“Nous devons accélérer la livraison immédiate d’armes et de munitions”, a déclaré von der Leyen à la presse en route vers la capitale ukrainienne. Elle prévoit également d’annoncer l’intégration de l’Ukraine et de la Moldavie au marché européen de l’électricité d’ici la fin de l’année.
Un soutien européen fragilisé par la stratégie américaine
Cette visite marque la neuvième de von der Leyen en Ukraine depuis 2022, mais se déroule dans un contexte bien différent. Washington, sous l’impulsion de Trump, a engagé des discussions directes avec Moscou, marginalisant les Européens. Pire encore, Trump a récemment qualifié Zelensky de “dictateur sans élections”, reprenant des éléments de langage du Kremlin et semant la discorde entre alliés.
Malgré les critiques, Trump persiste dans sa ligne dure. “Cela fait des années que je vois cet homme [Zelensky] négocier sans cartes en main, et c’est lassant”, a-t-il déclaré. Face à cette pression, Zelensky a laissé entendre qu’il pourrait démissionner si cela garantissait la paix et l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.
L’Europe tente de reprendre la main
Depuis un appel téléphonique de 90 minutes entre Trump et Poutine le 12 février, Bruxelles cherche à s’assurer que ses intérêts ne seront pas sacrifiés. Les capitales européennes multiplient les contacts pour préserver leur unité politique et préparer une réponse concertée. Emmanuel Macron se rendra prochainement à Washington, tandis que le président du Conseil européen, António Costa, convoque un sommet d’urgence des 27 dirigeants de l’UE le 6 mars.
Lors de ce sommet, von der Leyen prévoit de dévoiler un plan ambitieux visant à intensifier la production d’armements en Europe, ce qui pourrait bénéficier directement à l’Ukraine. Mais cela suffira-t-il à convaincre Washington que l’Europe mérite une place à la table des négociations ? Pour l’instant, les discussions entre Trump et Poutine restent opaques, et l’Ukraine, au cœur du conflit, en est tenue à l’écart.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio tente de rassurer les alliés en leur promettant d’être associés aux discussions lorsqu’il sera question d’alléger les sanctions contre Moscou. Mais pour Bruxelles, toute concession à la Russie reste inacceptable. “Nous renforcerons les sanctions contre Moscou tant qu’il ne montrera pas une véritable volonté de paix”, a prévenu von der Leyen.
Alors que la guerre entre dans sa quatrième année, l’avenir de l’Ukraine se joue autant sur le champ de bataille que dans les coulisses diplomatiques, où les alliances vacillent sous la pression d’un changement de cap américain.
La Rédaction

