La transition politique haïtienne vient de connaître un nouveau tournant. Dissous samedi après deux années d’existence, le Conseil présidentiel de transition (CPT) tire sa révérence sans avoir rempli sa promesse centrale : remettre Haïti sur la voie des élections. Un échec qui reflète l’ampleur de la crise sécuritaire et institutionnelle qui paralyse l’île depuis près d’une décennie.
Mis en place pour stabiliser le pays après une succession de ruptures politiques, le CPT devait préparer le retour à l’ordre constitutionnel. Mais la réalité du terrain a rattrapé ses ambitions. À Port-au-Prince comme en province, les gangs armés ont progressivement étendu leur emprise, neutralisant l’action publique et rendant toute organisation électorale pratiquement impossible.
Selon les Nations unies, près de 90 % de la capitale est aujourd’hui sous contrôle de groupes criminels. Cette spirale de violence a provoqué plus de 6 000 morts en 2025, transformant Haïti en l’un des théâtres sécuritaires les plus critiques de la Caraïbe. Kidnappings, affrontements armés et déplacements forcés de populations rythment désormais le quotidien.
Avec la disparition du CPT, c’est le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé qui concentre désormais l’essentiel du pouvoir exécutif. Soutenu par la communauté internationale, il se présente comme l’homme chargé de relancer une gouvernance fonctionnelle. « Le Conseil présidentiel a accompli sa mission en ouvrant la voie à une gouvernance attentive aux questions de sécurité et aux enjeux électoraux », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant implicitement les limites de la transition.
La tâche qui l’attend est considérable. Sur le plan politique, Haïti n’a pas organisé d’élections depuis 2016 et reste sans président depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021. L’absence de légitimité institutionnelle nourrit la défiance populaire et renforce l’influence des groupes armés dans plusieurs quartiers stratégiques.
Alix Didier Fils-Aimé devra avancer sur trois fronts simultanés : restaurer un minimum de sécurité, rétablir le dialogue politique et poser les bases d’un calendrier électoral crédible. Sans amélioration rapide de la situation sécuritaire, toute tentative de normalisation risque cependant de rester théorique.
La fin du Conseil présidentiel marque donc moins une stabilisation qu’un pari risqué : celui de confier à un exécutif resserré la mission de remettre Haïti sur les rails, dans un contexte où l’État lutte encore pour reprendre le contrôle de son propre territoire.
La Rédaction

