Un ancien conseiller de Donald Trump tend le bras en plein discours, un public en liesse, et un président du Rassemblement national qui annule son intervention pour éviter l’embarras. Cette scène, digne d’une époque que l’on croyait révolue, s’est pourtant déroulée cette semaine à Washington, lors d’un grand rassemblement conservateur. Comment un pays qui s’est battu contre le nazisme en est-il arrivé là ?
Un geste qui scandalise… mais pas tout le monde
La Conservative Political Action Conference (CPAC) est l’un des plus grands rendez-vous des droites conservatrices aux États-Unis et au-delà. S’y retrouvent des figures influentes du trumpisme, mais aussi des représentants de l’extrême droite européenne. C’est dans ce contexte que Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump, a pris la parole devant un public conquis.
Après un discours appelant à ne “jamais battre en retraite”, il a levé le bras droit, paume vers le bas et poing serré, un geste immédiatement assimilé à un salut nazi. “Fight, fight, fight !” a-t-il scandé, reprenant les mots de Trump après sa tentative d’assassinat. Dans la salle, aucun malaise apparent : au contraire, le geste a été accueilli par des applaudissements nourris et des cris de soutien.
Joshua Reed Eakle, président de Project Liberal, a dénoncé un basculement inquiétant : “Le nazisme s’est officiellement emparé du Parti républicain.” Plus troublant encore, même l’influenceur suprémaciste Nick Fuentes, pourtant coutumier des provocations racistes, a jugé la situation “gênante”.
Jordan Bardella se défile sous la pression
Si la scène a provoqué l’indignation aux États-Unis, elle a aussi fait des remous en France. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, devait s’exprimer à la CPAC mais a rapidement annoncé qu’il annulait son intervention. “Un des intervenants s’est permis, par provocation, un geste faisant référence à l’idéologie nazie. Par conséquent, j’ai pris la décision immédiate d’annuler mon intervention”, a-t-il déclaré dans un communiqué.
Ce désistement n’a pas suffi à calmer les critiques. Pierre Jouvet, eurodéputé socialiste, a ironisé sur les réseaux sociaux : “Au CPAC, Bannon fait un salut nazi, Bardella fait le voyage.” De son côté, Bastien Lachaud, député LFI, a dénoncé une “conférence où l’on fait des saluts nazis”, pointant également la présence de Sarah Knafo, proche d’Éric Zemmour.
Trump, Musk et la tentation du pire
Ce geste de Bannon ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une série d’incidents récents qui interrogent sur l’évolution du trumpisme. Il y a quelques semaines, Elon Musk avait déjà provoqué un tollé en reproduisant un geste similaire lors de l’investiture de Donald Trump. Le multimilliardaire s’était défendu en parlant d’un “salut romain”, un argument classique des nostalgiques du IIIe Reich cherchant à minimiser leurs références historiques.
Ces provocations répétées posent une question centrale : jusqu’où l’extrême droite américaine est-elle prête à aller ? Entre le culte de la force, la réécriture de l’histoire et la radicalisation de certains de ses acteurs, une frontière semble avoir été franchie.
Les États-Unis, un terrain fertile pour ces idéologies ?
Comment expliquer qu’un pays qui a joué un rôle clé dans la chute du nazisme soit aujourd’hui le théâtre de telles dérives ? Plusieurs facteurs sont en jeu.
D’abord, la montée d’un nationalisme identitaire exacerbé, attisé par des figures comme Trump et Bannon, qui prônent un retour à une Amérique “pure” face à un prétendu “déclin civilisationnel”. Ce discours séduit une partie de l’électorat conservateur, notamment chez les classes moyennes blanches en perte de repères.
Ensuite, la crise de confiance envers les institutions. Une frange de la droite américaine rejette désormais totalement les médias, la justice et même certaines branches du gouvernement, considérées comme “corrompues” ou “aux mains des élites”. Cette défiance alimente une radicalisation où les références aux régimes autoritaires du passé deviennent des outils de mobilisation.
Enfin, l’impunité. Ni Musk ni Bannon ne seront inquiétés pour leurs gestes, et c’est bien là le problème. Dans un climat où tout est relativisé, ces provocations s’inscrivent dans une banalisation progressive des discours les plus extrêmes.
Vers une normalisation du pire ?
Ce qui se joue aujourd’hui aux États-Unis dépasse de loin la simple provocation. Derrière ces gestes, c’est un changement profond du paysage politique qui s’opère. L’extrême droite n’a plus besoin de cacher ses références, elle les assume, voire les revendique. Et le plus inquiétant, c’est que cela ne choque plus une partie de l’opinion.
Alors que Trump reste une figure centrale du conservatisme américain, la question demeure : ces provocations resteront-elles de simples épisodes isolés ou sont-elles les signes avant-coureurs d’un basculement plus radical ?
La Rédaction

