Traquer les combattants de l’État islamique (EI) en Somalie reste un défi colossal. Dissimulés dans les montagnes escarpées du Puntland, ces jihadistes ont transformé cette région en bastion stratégique. Face à cette menace, Washington vient d’intensifier ses frappes, marquant un retour militaire américain dans le pays.
Le président Donald Trump a ordonné une frappe aérienne ciblée, annonçant fièrement sur les réseaux sociaux : (« NOUS VOUS TROUVERONS, ET NOUS VOUS TUERONS ! »). Il affirme que l’opération a éliminé un planificateur d’attaques de l’EI sans causer de pertes civiles.
Un revirement stratégique ou un simple coup d’éclat ?
Cette intervention soulève des interrogations. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait retiré près de 700 soldats américains de Somalie, une décision ensuite annulée par Joe Biden. Pourtant, ce retour militaire ne s’accompagne d’aucune annonce d’engagement durable.
Ce regain d’intérêt américain pour la Somalie coïncide avec un lobbying actif de Mogadiscio à Washington. Le gouvernement somalien vient de signer un contrat annuel de 600 000 dollars (environ 375 millions de francs CFA) avec BGR Group, une société influente de la capitale américaine, pour plaider sa cause auprès des décideurs politiques.
Pendant la présidence Biden, les troupes américaines ont assuré des missions de formation pour les forces spéciales somaliennes et mené des frappes ciblées. Pourtant, au sein de l’administration Trump, certains responsables estiment que le gouvernement somalien n’est plus un partenaire crédible. Ils critiquent le niveau élevé de l’aide sécuritaire octroyée ces dernières années, jugé inefficace.
Le Puntland : une lutte solitaire contre l’EI
La frappe américaine a visé le Puntland, une région qui adopte une approche autonome contre le terrorisme. Contrairement au gouvernement fédéral somalien, elle ne dépend ni des troupes de l’Union africaine ni d’un soutien militaire extérieur massif.
(« Il n’est pas juste de mettre cette frappe en avant alors que nous nous battons quotidiennement sur le terrain. ») souligne Mohamed Mubarak, chef du bureau de coordination de la sécurité du Puntland.
Le chef de l’EI en Somalie, Abdulqadir Mumin, est une figure énigmatique. Des rumeurs le donnaient pour mort après une frappe aérienne américaine en 2023, mais aucune preuve ne l’a confirmé. Certaines sources avancent même qu’il aurait pris la tête de l’EI au niveau mondial.
Une menace qui dépasse la Somalie
L’EI en Somalie ne se limite plus à un problème local. Son influence s’étend au-delà du pays, jouant un rôle clé dans le réseau jihadiste africain, du Mali au Mozambique en passant par le Nigeria et la RDC.
Tricia Bacon, experte en lutte antiterroriste, met en garde : (« L’EI en Somalie est désormais un centre stratégique. Il cherche non seulement à renforcer son influence en Afrique, mais aussi à inspirer des attaques en Occident, y compris aux États-Unis. »)
Un autre point d’inquiétude est la collusion entre l’EI en Somalie et les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran. (« Comme al-Shabab, l’EI en Somalie a reçu des armes et un entraînement des Houthis. Cette connexion est une menace pour Washington et ses alliés. »), affirme Matt Bryden, expert en sécurité basé à Nairobi.
Un réseau jihadiste en pleine expansion
Les forces du Puntland affirment avoir capturé 48 bases et détruit plusieurs infrastructures de l’EI depuis le lancement de leur opération « Hilaac » l’année dernière. Pourtant, l’organisation continue de croître, en grande partie grâce au recrutement de combattants étrangers.
L’EI attire notamment des migrants éthiopiens bloqués dans la ville portuaire de Bosaso, tentés par des salaires plus élevés que ceux offerts dans les États du Golfe. (« Nous estimons que 80 % des membres de l’EI en Somalie sont des étrangers, principalement originaires d’Afrique du Nord, d’Éthiopie, de Tanzanie et du Moyen-Orient. »), explique Mohamed Mubarak.
Sur le plan financier, l’EI a su organiser un réseau solide. Selon l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain, l’organisation a récolté près de 2 millions de dollars (1,25 milliard de francs CFA) au premier semestre 2022 en taxant entreprises, commerçants et agriculteurs. Son bureau d’al-Karrar, basé au Puntland, redistribue ces fonds aux autres branches du groupe en Afrique et au-delà.
Les frappes américaines suffiront-elles ?
Si les forces du Puntland espèrent une implication militaire américaine plus soutenue, il reste à voir si Trump est prêt à s’engager sur le long terme. Une frappe ponctuelle ne changera pas l’équilibre des forces, et la stratégie de Washington demeure incertaine.
Le chef des opérations de l’EI en Somalie, Abdirahman Shirwa Aw-Said, s’est rendu peu après la frappe américaine. Mais les experts préviennent que pour démanteler les cellules jihadistes, les frappes devront être régulières et coordonnées.
La Somalie attend donc de voir si l’administration Trump poursuivra cette offensive ou si cette intervention restera un simple coup d’éclat médiatique.
La Rédaction

