Addis-Abeba – À l’issue de la 38ᵉ session ordinaire de l’Union africaine (UA) en Éthiopie, une résolution sans précédent a été adoptée, qualifiant « l’esclavage, la déportation massive et la colonisation » de crimes contre l’humanité et de génocide. Porté par le Togo, ce texte marque une victoire symbolique pour le continent et ouvre la voie à des revendications concrètes en matière de réparations.
Le Togo, architecte d’un tournant panafricain
Représenté par son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, le Togo a mené un intense lobbying auprès des 55 États membres. « Cette reconnaissance n’est pas une fin en soi, mais le début d’un processus de justice pour les Africains et la diaspora », a déclaré le ministre à l’issue du sommet. Une position saluée par plusieurs délégations, dont celles du Bénin et de la Namibie, engagées dans des démarches similaires au niveau national.
Le texte adopté s’appuie sur le thème central de l’UA pour 2025 : « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par les réparations ». Il mandate explicitement le Togo pour piloter un groupe de travail chargé de :
• Définir un cadre juridique international contraignant
• Élaborer un mécanisme de compensations financières et patrimoniales
• Coordonner les actions avec la Cour pénale internationale (CPI)
Au-delà des symboles : les défis opérationnels
Si cette résolution marque un progrès politique, les obstacles restent immenses. L’UA devra convaincre d’anciennes puissances coloniales de s’asseoir à la table des négociations. « Personne ne s’attend à des chèques en blanc, mais nous exigeons au minimum des restitutions d’œuvres d’art et des excuses officielles », confie une source diplomatique togolaise sous anonymat.
L’enjeu éducatif est également central. Le Togo propose la création d’un Institut panafricain de la mémoire à Lomé, qui centraliserait les archives de la traite négrière et formerait les enseignants du continent. Un projet qui pourrait être acté lors du 9ᵉ Congrès panafricain, prévu en 2025 dans la capitale togolaise.
Réactions internationales : entre soutiens et scepticisme
• La CARICOM (Communauté des Caraïbes) a salué une « étape courageuse », rappelant que 12 de ses membres réclament réparation depuis 2013.
• L’Allemagne, qui a reconnu en 2021 le génocide des Herero et Nama en Namibie, observe prudemment le dossier.
• Aucune réaction officielle n’est encore venue de Paris, Londres ou Bruxelles.
Prochaines étapes : ce qu’il faut retenir
- Novembre 2023 : Première réunion du groupe de travail à Lomé
- Mars 2024 : Présentation d’un projet de résolution à l’ONU
- 2025 : Double échéance avec le Congrès panafricain et le lancement de l’Année des réparations
« L’Afrique écrit enfin son propre récit juridique », résume l’historienne guinéenne Diallo Diariatou. Reste à transformer ce récit en actions tangibles pour des millions de descendants de victimes.
La Rédaction

