Dans une stratégie continentale minutieusement orchestrée, Madagascar intensifie ses efforts pour rallier le Togo à sa candidature à la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA). Une délégation menée par la ministre des Affaires étrangères, Rafaravavitafika Rasata, a rencontré, le 11 février 2025, la Première ministre togolaise, Victoire Tomégah-Dogbé, afin de sceller une alliance décisive en faveur de Richard Randriamandrato, un candidat malgache au profil atypique.
Un économiste face aux géants politiques
Ancien ministre des Finances et des Affaires étrangères de Madagascar, Richard Randriamandratoincarne une vision technocratique et réformatrice pour l’UA. Diplômé d’Aix-en-Provence et de Bruxelles, il plaide en faveur d’une libéralisation du commerce intra-africain et d’une réduction de la dépendance aux aides étrangères, des propositions qui contrastent avec les discours plus traditionnels de ses rivaux, le Kényan Raila Odinga et le Djiboutien Mahamoud Ali Youssouf.
Lors de sa rencontre avec les autorités togolaises, Mme Rasata a mis en avant les valeurs communes entre les deux pays francophones :
« Nous partageons une vision d’une Afrique intégrée, où la jeunesse et la stabilité économique sont prioritaires. »
Un plaidoyer qui s’inscrit dans la campagne malgache pour convaincre les États membres de l’UA, où le vote nécessite une majorité des deux tiers.
Le Togo, un allié stratégique dans l’échiquier ouest-africain
Si Lomé n’a pas encore officialisé son soutien, son rôle de médiateur régional et son engagement en faveur de l’intégration économique en font un partenaire clé pour Antananarivo. Membre influent de la CEDEAO, le Togo pourrait mobiliser des appuis dans une région où Raila Odinga bénéficie déjà du soutien du Kenya et de plusieurs pays anglophones.
Par ailleurs, cette visite s’inscrit dans une tournée africaine de la diplomatie malgache, qui a déjà sollicité l’appui du Tchad, de la Centrafrique et de la République du Congo. Cette approche révèle une stratégie de consolidation des liens avec les États francophones et les pays en quête d’un nouveau leadership continental.
Les défis de Randriamandrato : entre innovation et scepticisme
Critiqué pour son manque d’ancrage politique, Randriamandrato mise sur son expertise économique pour convaincre. Parmi ses propositions phares :
• Une réforme des blocs économiques régionaux pour dynamiser les échanges intra-africains (actuellement à 12,6 %, contre 60 % en Europe).
• Un fonds continental d’autofinancement pour réduire la dépendance aux bailleurs internationaux.
• L’harmonisation des certifications afin de faciliter les exportations agricoles, un enjeu majeur pour le Togo, acteur clé dans la production de produits bio.
Cependant, face à Raila Odinga, favori soutenu par Nairobi et plusieurs capitales anglophones, et Mahamoud Ali Youssouf, diplomate chevronné de Djibouti, la route reste étroite. Les observateurs soulignent que l’expérience et l’âge des candidats pourraient jouer en défaveur de Randriamandrato, perçu comme un outsider.
La Rédaction

