Le président argentin Javier Milei a annoncé que son pays se retirerait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), invoquant de « profondes divergences » avec l’institution. Une décision qui ne tombe pas du ciel : depuis plusieurs années, un nombre croissant d’États contestent les organisations internationales et, dans certains cas, s’en retirent purement et simplement. Cette dynamique a été amorcée par les États-Unis sous Donald Trump, qui avaient déjà quitté plusieurs instances multilatérales, suivis par Israël et d’autres pays. La question qui se pose aujourd’hui est simple : assiste-t-on à une fragmentation définitive de l’ordre international né après 1945 ?
Un retrait qui s’inscrit dans une tendance plus large
Depuis son arrivée au pouvoir, Milei s’est positionné comme un fervent opposant au multilatéralisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Son rejet des organisations internationales n’est pas un cas isolé, mais plutôt l’aboutissement d’une vague amorcée par Washington. Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis avaient amorcé une série de retraits spectaculaires : sortie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2018, retrait effectif de l’Organisation mondiale de la santé en 2020 (décision annulée ensuite par Joe Biden), désengagement de plusieurs traités internationaux, et réduction drastique du rôle de l’USAID dans certains programmes de développement.
Israël a suivi cette tendance en quittant l’UNESCO et en réduisant ses engagements avec plusieurs instances onusiennes. Ces départs, souvent justifiés par une opposition aux décisions de ces institutions ou à une prétendue politisation excessive, traduisent une remise en cause profonde du multilatéralisme comme mode de gestion des affaires internationales.
Avec l’Argentine, un pays du Sud global rejoint ce mouvement, signe que le rejet des organisations internationales ne se limite plus aux grandes puissances.
Un modèle en crise ?
Les institutions internationales, créées après la Seconde Guerre mondiale pour stabiliser le monde et garantir une certaine coopération entre États, traversent aujourd’hui une période de turbulence. L’OMS a été fortement critiquée pour sa gestion du COVID-19, l’ONU peine à résoudre les conflits majeurs, et des organisations comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ou la Cour pénale internationale (CPI) sont remises en question par certains États.
L’argument avancé par Milei – une volonté de ne plus être soumis aux « influences extérieures » et aux normes imposées par des organisations supranationales – est le même que celui utilisé par les États-Unis et Israël. Mais cette tendance pose une question centrale : que devient la coopération mondiale lorsque des États refusent de jouer le jeu collectif ?
Retour à l’unilatéralisme ?
L’histoire montre que l’unilatéralisme et l’absence de coordination entre États ont souvent conduit à des crises majeures. Pourtant, certains dirigeants estiment que les institutions actuelles sont devenues des carcans plutôt que des outils efficaces.
Le retrait de l’Argentine de l’OMS pourrait donc être un nouveau signe de la perte d’influence des grandes organisations internationales. Mais il pose aussi un risque concret : celui d’un monde où chaque pays gère ses défis – qu’ils soient sanitaires, économiques ou sécuritaires – seul, sans cadre commun.
Si cette tendance se poursuit, on pourrait assister à une recomposition profonde du système international. Reste à savoir si ce nouvel équilibre sera plus efficace ou s’il mènera à un chaos où les crises seront plus difficiles à gérer. Une chose est sûre : le multilatéralisme, tel qu’il existait il y a encore quelques décennies, est aujourd’hui sur la sellette.
La Rédaction

