L’éventualité d’un troisième mandat pour le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa divise profondément le parti au pouvoir, le ZANU-PF. Alors que ses partisans plaident pour une prolongation de son règne au-delà de 2028, des voix s’élèvent, notamment parmi les vétérans de la guerre de libération, pour dénoncer une violation de la Constitution et une gestion marquée par la corruption.
Ce week-end, une branche de l’Association nationale des vétérans de la guerre de libération, affiliée au ZANU-PF, a officiellement demandé la démission de Mnangagwa. Lors d’une conférence de presse tenue dimanche à Harare, ces anciens combattants ont mis en avant des abus constitutionnels et un échec dans la lutte contre la corruption, faisant de leur prise de position l’une des oppositions les plus directes à une prolongation du mandat présidentiel.
Une réforme constitutionnelle controversée
Le ZANU-PF envisage une révision de la Constitution qui accorderait à Mnangagwa deux années supplémentaires après la fin de son mandat actuel en 2028, afin de lui permettre de mener à bien son programme politique jusqu’en 2030. Toutefois, le président a tenté de se distancer publiquement de ces initiatives, affirmant ne pas être à l’origine des propositions de ses partisans.
Blessing Runesu Geza, membre du Comité central du ZANU-PF et vétéran de la guerre de libération, a ouvertement exhorté Mnangagwa à quitter le pouvoir sous peine de déclencher une crise politique. « Il est clair que Mnangagwa a échoué. Il n’a plus la capacité de gouverner ce pays, et il est temps pour lui de partir. S’il refuse d’écouter, nous appellerons le peuple à faire respecter la Constitution », a-t-il déclaré.
Geza a également dénoncé une manœuvre orchestrée depuis la présidence pour garantir le maintien de Mnangagwa au pouvoir. Il accuse ce dernier de saper la Constitution en s’appuyant sur des ministres qui soutiennent ouvertement son maintien au-delà des limites actuelles.
Une bataille politique avec Chiwenga en toile de fond
Derrière cette controverse se cache aussi une lutte d’influence au sein du régime. L’« Agenda 2030 » de Mnangagwa est perçu par ses détracteurs comme une tentative de bloquer l’ascension du vice-président Constantino Chiwenga à la présidence, un projet qui suscite la colère de nombreux vétérans de la lutte de libération.
Geza a en outre accusé Mnangagwa de marginaliser ceux qui l’avaient pourtant soutenu lors de la chute de l’ancien président Robert Mugabe en 2017. À mesure que la contestation interne grandit, la stabilité du ZANU-PF semble de plus en plus fragile, et l’avenir politique de Mnangagwa incertain.
La Rédaction

