Le 13 janvier, deux pétroliers russes, Olia et Huihai Pacific, ont fait demi-tour après avoir attendu pendant deux jours près des côtes chinoises. Ils sont retournés au port de Kozmino, en Russie, sans avoir pu livrer leur cargaison de pétrole. D’autres navires, au large de la province du Shandong, sont également dans l’incertitude, attendant de savoir s’ils pourront accoster. La cause de ces perturbations ? Les sanctions imposées par la Maison-Blanche le 10 janvier, ciblant deux grands producteurs russes et plus de 150 pétroliers, surnommés “tankers fantômes”, utilisés par Moscou pour exporter son pétrole de manière discrète.
Pourquoi ce durcissement maintenant ? Selon Marc-Antoine Eyl-Mazzega, expert en énergie à l’Institut français des relations internationales (Ifri), le timing est idéal. “Le marché pétrolier est excédentaire, et la demande mondiale ralentit, ce qui rend ces sanctions moins susceptibles de provoquer une crise mondiale majeure.” Les États-Unis et leurs alliés bénéficient ainsi d’une situation favorable pour affaiblir la Russie sans perturber gravement les marchés mondiaux.
Cependant, ces sanctions risquent de frapper durement la Russie, qui dépend de sa “flotte fantôme” pour exporter environ 22 % de son pétrole, selon l’Agence internationale de l’énergie. En outre, les sanctions américaines étendent désormais leur portée : toute institution étrangère facilitant les transactions avec la Russie pourrait se voir pénalisée, incitant ainsi les acheteurs chinois et indiens, qui avaient considérablement augmenté leurs achats de pétrole russe l’an dernier, à être plus prudents. De nombreux acteurs économiques risquent de renoncer à traiter avec la Russie, de peur de subir des sanctions secondaires, notamment l’exclusion du système bancaire en dollars. Des banques indiennes et chinoises surveillent désormais plus rigoureusement les certificats d’origine des cargaisons de pétrole russe.
L’Inde et la Chine devraient donc se tourner vers d’autres fournisseurs de pétrole, comme l’Irak, les Émirats arabes unis ou le Koweït, avec lesquels des discussions sont en cours pour fournir davantage de pétrole dans les mois à venir. De plus, l’Inde a récemment annoncé qu’elle interdirait l’accès à ses ports aux pétroliers russes sanctionnés dès mars 2025.
Bien sûr, Moscou tentera de contourner ces mesures. “Lorsque quelque chose est bloqué, des alternatives surgissent ailleurs”, a assuré Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. La Russie pourrait notamment utiliser des stratégies complexes, comme la réimmatriculation de navires ou le transfert de la propriété à des sociétés écrans. Toutefois, ces manœuvres, bien qu’efficaces à court terme, sont coûteuses et longues à mettre en place. Elles risquent d’augmenter les coûts logistiques pour la Russie et de réduire ses revenus pétroliers à long terme.
L’un des principaux enjeux réside maintenant dans la pérennité de ces sanctions. Bien que Joe Biden en soit l’instigateur, il est probable que son successeur, Donald Trump, continue cette politique de pression. Scott Bessent, proposé comme secrétaire au Trésor par Trump, a exprimé son soutien total à l’intensification des sanctions contre la Russie. Si Trump décide de maintenir ces mesures, il pourrait parvenir à faire plier Vladimir Poutine tout en préservant une certaine flexibilité dans sa politique étrangère.
La Rédaction

