Face à la nouvelle constitution adoptée au Togo, l’opposition semble s’engluer dans une contradiction difficile à ignorer. En dénonçant un texte qu’elle juge antidémocratique et destiné à consolider un pouvoir qu’elle combat, elle revendique son rejet du système. Pourtant, sa participation aux élections législatives qu’impose cette constitution brouille son message. L’image qui se dégage est celle de quelqu’un qui crache dans une soupe qu’il continue pourtant de consommer.
En s’engageant dans ces élections, l’opposition paraît reconnaître, ne serait-ce qu’en partie, la légitimité d’un cadre qu’elle qualifie de défaillant. Cette posture soulève des questions : si ce système est si vicié, pourquoi accepter d’y jouer un rôle, même à minima ? Cette ambiguïté sape l’intégrité de son discours et expose une faille stratégique majeure. Refuser les sénatoriales tout en participant aux législatives n’est pas simplement contradictoire ; cela donne l’impression que l’opposition choisit les batailles en fonction de ses intérêts immédiats, au lieu de s’engager dans une résistance cohérente et structurée.
Une telle attitude offre au pouvoir en place un levier de discrédit : il devient facile de taxer l’opposition d’opportunisme, voire d’hypocrisie. Cette image d’une opposition qui critique un système tout en profitant de certaines de ses opportunités électorales réduit son impact auprès des électeurs. Ces derniers, souvent déjà désabusés, pourraient interpréter cette posture comme une incapacité à proposer une alternative crédible, renforçant ainsi la défiance généralisée envers la classe politique.
Ce paradoxe stratégique souligne également un manque de vision claire et assumée. L’opposition semble hésiter entre la dénonciation frontale du système et une participation qui, même minimale, renforce ce qu’elle rejette. Or, l’histoire politique montre que les mouvements d’opposition qui parviennent à mobiliser massivement sont ceux qui affichent une ligne ferme et cohérente. Refuser la soupe en bloc, pour filer la métaphore, serait peut-être risqué, mais cela aurait le mérite de la clarté et de la conviction.
La confusion actuelle résulte d’un calcul politique qui semble davantage dicté par des intérêts à court terme que par une stratégie globale. Ce manque de clarté affaiblit l’opposition, à la fois dans son rôle de contre-pouvoir et dans sa capacité à incarner un changement. Pourtant, elle dispose encore d’une opportunité pour redresser la barre : en adoptant une posture résolument cohérente, même au prix d’un boycott total, elle pourrait regagner la confiance des électeurs et réaffirmer son rôle comme véritable alternative.
Si l’opposition togolaise persiste dans cette démarche ambiguë, elle risque de perdre ce qui lui reste de crédibilité. Une opposition crédible ne peut se permettre de naviguer entre dénonciation et acceptation partielle sans justifier clairement ses choix. En tranchant enfin entre rejet total ou participation assumée, elle sortirait du flou stratégique qui l’enserre.
Dans une période où le peuple togolais cherche des réponses claires et des leaders déterminés, l’opposition ne peut se contenter de critiquer un système tout en continuant à y jouer un rôle. Refuser de « cracher dans une soupe » qu’elle entend pourtant consommer serait un premier pas vers une reconquête de sa légitimité.
La Rédaction

