Alors que Donald Trump s’apprête à entamer son second mandat, des milliers d’immigrés chinois sans papiers se retrouvent dans la ligne de mire de ses politiques migratoires. Accusés de constituer une menace sécuritaire, ils dénoncent une stigmatisation injuste et s’inquiètent pour leur avenir et celui de leurs familles.
Pour Kevin Yang, 46 ans, qui a fui la Chine en 2022 après des persécutions politiques, le rêve américain vire au cauchemar.
« La gratitude que j’éprouvais envers les États-Unis pour m’avoir accueilli s’est transformée en anxiété et en peur, » confie-t-il. Comme beaucoup, il redoute que les projets de Trump, qualifiés de « discriminatoires » par des experts, bouleversent sa vie.
Une communauté accusée de menacer la sécurité nationale
Dans ses discours de campagne, Trump a ouvertement ciblé les immigrés chinois sans papiers, affirmant que des hommes jeunes, en âge de servir dans l’armée, franchissent la frontière pour constituer une « armée clandestine ».
« Ils viennent de Chine, des dizaines de milliers d’hommes. Est-ce qu’ils essaient de construire une armée ici ? » a-t-il déclaré en avril dernier.
Des propos jugés absurdes par les principaux concernés.
« Nous ne sommes pas des espions militaires. Nous sommes ici pour survivre, pas pour nous battre, » rétorque Yang, incrédule.
Entre 2022 et 2024, le nombre de ressortissants chinois traversant clandestinement les frontières américaines a triplé, atteignant 78 000. Mais les motivations sont loin d’être militaires : elles sont économiques et politiques.
Un exode motivé par la survie
Bin Wei, 50 ans, a traversé la dangereuse jungle du Darién avec son fils adolescent pour rejoindre les États-Unis. Il réfute fermement les accusations portées par Trump.
« Nous avons quitté une vie oppressante et dure, bien plus que ce que beaucoup ici peuvent imaginer, » explique-t-il. « Tout ce que nous voulons, c’est offrir un avenir meilleur à nos enfants. »
Ce sentiment est partagé par une majorité de migrants chinois, dont les trajectoires personnelles sont marquées par la répression et les difficultés économiques dans leur pays.
La peur de politiques répressives
Pour Yang, les projets de Trump rappellent étrangement les méthodes des régimes autoritaires. Ancien représentant municipal en Chine, il a fui après avoir été persécuté pour ses positions politiques. Aujourd’hui, il retrouve dans la rhétorique de Trump des similitudes troublantes avec celle de Xi Jinping.
« Créer des camps de détention massifs et utiliser l’armée pour expulser des immigrés, c’est la marque des dictateurs, » affirme-t-il.
Cette répression annoncée plonge les communautés chinoises dans une inquiétude permanente. En Californie, État sanctuaire, Wei explique que les médias chinois recommandent aux sans-papiers de se conformer scrupuleusement aux lois pour éviter tout motif d’expulsion.
« On nous dit de tout faire dans les règles, car Trump cherchera la moindre excuse pour nous cibler, » confie-t-il.
Des familles au bord du désespoir
Outre leur propre sort, de nombreux migrants s’inquiètent pour leurs enfants. Wei, par exemple, a tout sacrifié pour offrir un avenir à son fils adolescent.
« C’est pour lui que nous avons risqué nos vies. Imaginer que son avenir pourrait être compromis me brise le cœur, » déclare-t-il avec émotion.
Mais l’incertitude est omniprésente. Les longues procédures judiciaires, le risque de détention et la possibilité d’un retour forcé en Chine alimentent l’angoisse.
Le spectre du retour forcé
Pour beaucoup, l’idée d’être renvoyés en Chine est insoutenable. Plus que les conditions de vie difficiles, c’est la peur de représailles politiques qui les hante.
« Si je retourne en Chine, je serai sévèrement puni, » affirme Wei.
Bien que la Chine ait souvent refusé d’accueillir les migrants rapatriés, elle a récemment annoncé coopérer avec les autorités américaines. En décembre, un quatrième vol de rapatriement a été organisé en moins de six mois.
« Nous ne sommes pas des ennemis »
Malgré la pression croissante, Yang et d’autres refusent de perdre espoir.
« Les Chinois que j’ai rencontrés sur le chemin des États-Unis n’ont qu’un seul objectif : trouver un endroit où survivre. Nous ne sommes pas des ennemis, mais des êtres humains en quête de dignité, » conclut-il.
Dans ce climat de tension, ces hommes et femmes espèrent que leur histoire rappellera l’essence du rêve américain : offrir un refuge à ceux qui cherchent une vie meilleure.
La Rédaction

