La réélection de Donald Trump enflamme le débat sur la reconnaissance du Somaliland. La Somalie, anticipant un climat diplomatique plus hostile, a engagé l’un des plus influents cabinets de lobbying à Washington pour défendre ses intérêts face à une administration américaine où les voix favorables à l’indépendance de la région séparatiste se multiplient.
Une stratégie de lobbying pour contrer une menace croissante
En novembre, l’ambassadeur somalien Dahir Abdi a signé un contrat de 600 000 dollars avec le cabinet BGR, spécialisé dans les affaires gouvernementales. Cette initiative vise à renforcer les relations bilatérales et à protéger l’intégrité territoriale de la Somalie face à une pression politique croissante en faveur du Somaliland.
Le Somaliland, une région autoproclamée indépendante depuis 1991, suscite un intérêt croissant chez les républicains, notamment dans l’entourage de Trump. Ces derniers voient en sa reconnaissance une opportunité stratégique pour contrer l’influence de la Chine dans la Corne de l’Afrique. Des personnalités comme Kiron Skinner, ancien cadre du département d’État, et l’ex-secrétaire d’État adjoint Tibor Nagy défendent activement cette position, estimant qu’elle renforcerait les intérêts américains dans la région.
L’administration Trump et les fractures avec Mogadiscio
La première présidence Trump avait déjà mis à rude épreuve les relations entre Washington et Mogadiscio. La Somalie figurait parmi les pays visés par l’interdiction de voyage imposée par Trump en 2017, et le retrait des troupes américaines en 2020 avait affaibli les efforts conjoints contre Al-Shabaab, un groupe islamiste actif dans le pays.
Sous Joe Biden, une partie de ces forces avait été réintroduite, permettant une reprise de la coopération sécuritaire. Cependant, avec Trump de retour à la Maison-Blanche, Mogadiscio redoute une reprise de politiques isolationnistes et une montée en puissance des soutiens au Somaliland au sein du Congrès et du Sénat.
Un Sénat républicain acquis au Somaliland
Le Sénat, désormais dominé par les républicains, constitue une autre source d’inquiétude pour la Somalie. Jim Risch, un défenseur de longue date du Somaliland, est pressenti pour prendre la tête de la commission des relations étrangères. En 2022, il avait présenté un projet de loi encourageant une collaboration stratégique avec le Somaliland, notamment sur les questions de sécurité régionale.
De leur côté, certains membres de la Chambre des représentants, comme Scott Perry, ont relancé des initiatives législatives appelant à la reconnaissance officielle de l’indépendance du Somaliland. Bien que ces efforts n’aient pas encore abouti, leur réintroduction reflète une volonté claire de maintenir cette question au centre du débat politique américain.
Un avenir diplomatique sous tension
Pour Mogadiscio, l’enjeu est de taille : maintenir son intégrité territoriale tout en consolidant ses relations avec une administration américaine de plus en plus divisée sur la question du Somaliland. Grâce à l’expertise du cabinet BGR, la Somalie espère non seulement freiner les initiatives pro-Somaliland mais aussi renforcer son éligibilité à l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un programme crucial pour son développement économique.
Dans un contexte où les alliances stratégiques se redessinent, la Somalie devra redoubler d’efforts pour défendre ses intérêts face à une présidence Trump qui s’annonce résolument favorable au Somaliland.
La Rédaction

