Dans la ville de Lubero, située au cœur des collines verdoyantes du Nord-Kivu, une atmosphère de calme trompeur règne alors que la menace du M23 plane sur la population. Cette localité de près de 100 000 habitants vit sous la pression de l’avancée rapide des rebelles, désormais à quelques dizaines de kilomètres de la ville.
Un départ précipité de la population
« L’ennemi est presque ici », affirme Crispin Hinga, bourgmestre de Lubero, décrivant une situation tendue où de nombreux habitants ont déjà pris la fuite. Sous une pluie persistante, des militaires congolais en déroute circulent dans les rues, témoignant de la perte de territoires dans la région.
Le M23, soutenu par le Rwanda selon les accusations, progresse rapidement dans l’est de la RDC, une zone déjà fragilisée par des décennies de conflits. Le groupe armé, qui a émergé en 2012 avant de reprendre les armes en 2021, occupe de plus en plus de zones stratégiques.
Vie quotidienne suspendue
Malgré la menace imminente, certaines activités continuent à Lubero. Le marché reste animé, et des enfants jouent encore entre les ruines des anciennes constructions. Toutefois, un sentiment de peur omniprésent s’est emparé des habitants. « La vie continue, mais la situation est préoccupante », explique Alain Kiwewa, administrateur militaire de la région.
Depuis début décembre, la population est massivement déplacée. Plus de 100 000 personnes, selon les Nations unies, ont quitté leurs foyers pour échapper aux combats, certains se réfugiant chez des proches, d’autres cherchant à fuir vers des zones plus sûres au nord.
Des militaires accusés de pillages et de désertion
De nombreux témoignages d’habitants et de déplacés révèlent une perte de confiance dans les forces de l’ordre. « Nos maisons ont été pillées par les militaires en retraite », raconte Jeanne Masika, une réfugiée. « Non seulement nous avons peur du M23, mais aussi de ceux qui sont censés nous défendre. »
Les critiques à l’égard de l’armée congolaise se multiplient, accusant des défaillances dans la gestion des troupes et des abandons sur le terrain. Des voix locales dénoncent des abandons de positions stratégiques et une déroute des soldats, laissant la population vulnérable.
Soupçons de trahison et divisions internes
Au sein même de l’armée congolaise, des soupçons de trahison circulent. Pour certains responsables locaux, les militaires ont non seulement failli dans leur mission, mais des infiltrations de sympathisants du M23 au sein des forces armées sont également suspectées. Cette situation nourrit la méfiance parmi les habitants de Lubero, d’autant plus que les rebelles semblent bien informés de la situation sur le terrain.
Dans ce climat de suspicion, la population se sent trahie par ses propres dirigeants. Un représentant de la société civile confie : « Nous savons que certains ont déjà pris position, et cela nous met en danger. »
Une ville entre espoir et désespoir
À Lubero, l’incertitude est totale. Alors que les rebelles approchent, les habitants se trouvent à la croisée des chemins : certains sont prêts à tout abandonner pour fuir, tandis que d’autres hésitent, pensant à l’avenir de leur ville et de leurs familles. Mais avec la montée en puissance du M23 et l’échec des négociations de paix, l’horizon reste sombre pour Lubero, qui est désormais un symbole du désespoir et de l’angoisse qui caractérisent cette région tourmentée.
La Rédaction

