La relation entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, est à un tournant décisif. La décision de ces trois pays de se retirer de l’organisation sous-régionale, prévue pour janvier 2025, ouvre la voie à une période transitoire de six mois. Bien que cette rupture puisse être réversible, ses implications sur la coopération régionale, les projets communs et les institutions économiques risquent de marquer profondément l’Afrique de l’Ouest.
Une menace pour la libre circulation dans la région
L’une des conséquences immédiates du départ des pays sahéliens est le retour des restrictions sur la circulation des personnes, des biens et des capitaux, des principes fondamentaux de l’intégration régionale promus par la CEDEAO. En l’absence du passeport CEDEAO, qui permettait des déplacements sans visa au sein de la zone, les frontières pourraient redevenir des obstacles majeurs pour les citoyens et les entreprises. Les contrôles aux frontières et les frais supplémentaires pourraient pénaliser l’économie locale, notamment en freinant les échanges transfrontaliers qui sont au cœur des activités des entrepreneurs sahéliens.
Des projets régionaux fragilisés
Au fil des années, la CEDEAO a initié plusieurs projets de grande envergure destinés à favoriser l’intégration économique, comme l’interconnexion électrique entre plusieurs pays de la région. Cependant, la sortie des trois pays sahéliens de l’organisation menace la pérennité de ces projets. Certains accords bilatéraux, comme l’approvisionnement en électricité entre le Mali et la Côte d’Ivoire, devraient continuer, mais les projets multilatéraux financés par la CEDEAO pourraient être suspendus. L’impact sur les secteurs stratégiques, tels que l’énergie, l’agriculture et la santé, pourrait être particulièrement sévère pour les populations déjà vulnérables.
Les défis pour la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC)
La BIDC, en tant qu’institution clé pour les financements régionaux, se retrouve directement affectée par ce retrait. Les trois pays sahéliens représentent une part importante des engagements financiers de la Banque, et leur départ pourrait entraîner des révisions des programmes en cours. Par exemple, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont des arriérés de remboursement qui compliquent encore davantage la situation. Cette rupture pourrait ainsi fragiliser la stabilité financière de la sous-région et entraîner une réévaluation de la gouvernance de la BIDC.
L’avenir des institutions sous-régionales
Le retrait des pays sahéliens pose aussi des questions sur l’organisation interne de la CEDEAO. En effet, plusieurs fonctionnaires originaires de ces pays occupent des postes clés au sein des institutions communautaires, et selon les règles, ils devront quitter leurs fonctions une fois le retrait effectif. Ce départ pourrait entraîner une réorganisation des équipes et perturber la stabilité des institutions. De plus, les membres sahéliens du Parlement de la CEDEAO perdront leur mandat, ce qui risquerait d’affaiblir la légitimité de l’organisation et de renforcer les tensions politiques au sein de la sous-région.
Un divorce encore évitable ?
Bien que la séparation semble inévitable, la période de transition qui se déroule jusqu’en juillet 2025 offre une dernière opportunité de dialogue et de négociations. Des médiateurs de la CEDEAO, notamment du Togo et du Sénégal, tenteront de trouver des compromis pour maintenir un certain degré de coopération entre les pays sahéliens et l’organisation. Toutefois, les dirigeants de l’AES restent fermes dans leur position et souhaitent préserver une zone de libre circulation sans visas pour leurs ressortissants, une demande qui divise les autres membres de la CEDEAO. La suite des événements dépendra des discussions qui se tiendront pendant cette phase transitoire.
Un tournant pour l’avenir de l’Afrique de l’Ouest
La rupture entre la CEDEAO et l’AES représente un défi majeur pour l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Si elle met en péril plusieurs projets et mécanismes de coopération, elle ouvre également la voie à une réévaluation des relations régionales. La question centrale pour l’organisation sous-régionale sera de trouver un équilibre entre l’unité régionale et les aspirations souveraines des pays sahéliens. L’avenir de l’intégration ouest-africaine dépendra largement des négociations à venir et des compromis qui pourront être trouvés pour éviter une désintégration totale des liens communautaires.
La Rédaction

