Les violences conjugales sont généralement associées aux femmes en tant que victimes et aux hommes en tant qu’agresseurs. Toutefois, une réalité souvent négligée existe : celle des hommes qui subissent des violences de la part de leurs partenaires féminines. Bien que les femmes demeurent les principales victimes de ces violences dans le monde entier, il est crucial de reconnaître que les hommes, souvent invisibilisés dans ce contexte, vivent également des situations de violence conjugale qui affectent leur bien-être physique et psychologique.
À l’échelle mondiale, les statistiques sur les violences conjugales montrent que les femmes sont, de manière écrasante, les principales victimes, avec des chiffres alarmants sur la violence physique, sexuelle et psychologique. En Afrique, la violence faite aux femmes dans le cadre du couple reste un fléau de santé publique, alimenté par des normes de genre profondément enracinées et des conceptions toxiques de la masculinité. En Afrique du Sud, par exemple, 25 à 40 % des femmes sont victimes de violences sexuelles ou physiques de la part de leurs partenaires, un problème qui reflète un modèle plus large de domination masculine et de masculinité toxique.
Cependant, il est essentiel de ne pas ignorer les hommes victimes de violences conjugales, une situation qui reste largement sous-exposée. Dans des sociétés où la virilité est souvent synonyme de force, de contrôle et d’agressivité, les hommes victimes se retrouvent pris dans un dilemme difficile. Le poids des attentes sociales — être fort, inébranlable et dominateur — les empêche souvent de signaler leurs souffrances ou de rechercher de l’aide, par crainte d’être perçus comme faibles ou dévalorisés.
Une étude menée en Afrique du Sud a permis de mettre en lumière cette réalité méconnue en explorant les témoignages de 25 hommes originaires de différents pays africains, tels que le Zimbabwe, le Nigeria et la République Démocratique du Congo. Ces hommes, issus de milieux socioéconomiques défavorisés et ayant sollicité une aide médicale après avoir subi des violences physiques et émotionnelles de la part de leurs partenaires, ont partagé leurs expériences dans une série d’entretiens approfondis. Ces entretiens ont révélé que, malgré les agressions, ces hommes ont souvent choisi de répondre par la maîtrise de soi et la non-violence.
Leur perception de la masculinité a été redéfinie par la violence qu’ils ont vécue. Plutôt que de répondre par la force brute, certains d’entre eux ont insisté sur l’importance du contrôle émotionnel, du respect et de la protection de leur partenaire, même lorsque celle-ci était l’agresseur. Un des participants a expliqué qu’il se considérait comme “un homme meilleur” parce qu’il n’avait pas réagi à la violence par la violence. Cette vision s’oppose à la conception traditionnelle de l’homme violent et dominant, et montre que pour certains, la véritable virilité réside dans la capacité à résister à l’agression sans y répondre.
Ces témoignages remettent en question l’idée préconçue selon laquelle l’homme doit toujours être celui qui agresse et domine dans une relation. Ils illustrent également une nouvelle forme de masculinité, fondée sur la maîtrise de soi, la force intérieure et le refus de la violence, même dans des situations où la domination semble être la norme.
Pourtant, il est important de rappeler que, bien que ces récits témoignent d’une évolution positive de la masculinité, les femmes restent les principales victimes de violences conjugales à l’échelle mondiale. Les données sur la violence envers les femmes en Afrique et dans le monde montrent que ces dernières subissent de manière disproportionnée les violences dans le couple. Cela ne diminue en rien la nécessité de s’attaquer à la question des hommes victimes de violences conjugales, mais cela met en lumière le besoin urgent de lutter contre la violence sexiste dans toutes ses formes, pour toutes les victimes.
En Afrique, comme ailleurs, la masculinité toxique reste un enjeu majeur dans la lutte contre la violence conjugale. L’éducation et la remise en question des stéréotypes de genre sont essentielles pour déconstruire les normes sociales qui valorisent l’agression, la domination et le contrôle dans les relations. Cela nécessite un changement de mentalité à l’échelle de la société, où les notions de virilité seraient redéfinies pour valoriser des modèles de masculinité plus respectueux, égalitaires et non violents.
Les politiques et les actions visant à lutter contre les violences conjugales doivent donc non seulement soutenir les femmes, mais aussi prendre en compte les hommes victimes de violences. La création d’espaces de soutien pour eux, où ils peuvent parler de leurs souffrances sans honte ni stigmatisation, est essentielle pour permettre une approche globale et inclusive du problème de la violence conjugale. Au-delà des violences contre les femmes, il est crucial de reconnaître que la violence conjugale touche toutes les personnes, indépendamment de leur sexe, et que la révision des rôles de genre et des conceptions de la masculinité est un pas nécessaire vers la guérison et la justice pour tous.
La Rédaction

