Le changement climatique amplifie les catastrophes météorologiques extrêmes, comme l’ont récemment montré les ouragans dévastateurs aux États-Unis. L’aide humanitaire devient cruciale pour limiter les dégâts, mais face à l’aggravation de ces événements, une question persiste : comment financer la reconstruction, notamment dans les pays les moins responsables de cette crise climatique ?
En tant que chercheur en climatologie et gestion des catastrophes, je collabore avec des responsables afin de concevoir des solutions face à la montée des risques extrêmes. Les mécanismes traditionnels de financement de l’aide humanitaire ne suffisent pas à couvrir les besoins croissants des pays frappés par des catastrophes climatiques. Cependant, des initiatives novatrices émergent, permettant de mieux répondre à ces urgences, parfois avant même que les dégâts ne surviennent.
Des fonds humanitaires insuffisants face à l’ampleur des besoins
Les pays disposent de plusieurs canaux pour envoyer de l’aide en cas de catastrophe : aide bilatérale, coordination par les Nations Unies, ou soutien des organisations humanitaires comme le Mouvement international de la Croix-Rouge. Cependant, ces mécanismes restent largement insuffisants. En 2023, les financements humanitaires par l’ONU se sont élevés à 22 milliards de dollars, alors que les besoins étaient estimés à 57 milliards de dollars. Cette somme n’inclut même pas les coûts supportés par les victimes elles-mêmes.
Lors de la COP27 en 2022, la création d’un Fonds pour les pertes et dommages a été décidée, avec l’objectif de redistribuer les fonds des pays les plus responsables du changement climatique vers ceux qui en souffrent sans y avoir contribué. Toutefois, les contributions actuelles restent faibles par rapport à l’ampleur des besoins : à la fin de septembre 2024, le fonds ne totalisait que 700 millions de dollars, alors que les coûts des catastrophes liées au climat dépassent les 100 milliards de dollars annuels.
Réagir avant la catastrophe : une approche anticipative
Face à cette situation, la gestion des catastrophes se réinvente. La technologie permet désormais de prévoir de nombreux événements climatiques extrêmes, permettant une intervention avant même qu’ils ne surviennent. Par exemple, la Croix-Rouge ougandaise a utilisé des prévisions de tempêtes dès 2015 pour envoyer de l’aide et du matériel aux populations menacées.
Des systèmes d’action anticipative ont ainsi été développés, permettant de libérer des fonds avant la catastrophe. Ces mécanismes permettent de distribuer des aides comme des fonds d’évacuation, des semences résistantes à la sécheresse ou des services médicaux supplémentaires en fonction des prévisions.
Les assurances innovantes : une couverture préventive
De nouvelles formes d’assurances sont également expérimentées pour offrir une couverture rapide et prévisible. Contrairement aux assurances traditionnelles, qui peuvent être lentes et coûteuses, les assurances dites “indicielle” versent des indemnités dès qu’un événement extrême est prédit, comme une sécheresse. Ce type d’assurance, créé notamment en Afrique, permet de fournir une aide dès le début d’une sécheresse, avant que les récoltes ne soient détruites.
Renforcer les systèmes de protection sociale pour mieux gérer les chocs climatiques
Les systèmes de protection sociale, déjà existants pour aider les populations vulnérables, sont également réinventés pour faire face aux événements climatiques. Ces “systèmes intelligents” permettent de renforcer les programmes d’aide alimentaire, de santé ou de logement lors de sécheresses ou de vagues de chaleur, garantissant ainsi la résilience des populations face aux chocs climatiques.
L’avenir du Fonds pour pertes et dommages : un soutien à compléter
Si ces innovations sont prometteuses, elles doivent être complétées par un soutien financier adéquat. Le Fonds pour les pertes et dommages est essentiel, mais il reste insuffisant pour couvrir l’ensemble des besoins des pays vulnérables. Des discussions sont en cours pour déterminer les modalités de financement et les critères d’éligibilité des pays.
Pour que ces nouveaux mécanismes de financement soient efficaces, ils doivent s’accompagner d’investissements dans des infrastructures résilientes, des pratiques agricoles adaptées et des politiques de gestion des risques climatiques. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra réduire les dégâts des catastrophes climatiques à venir.
La Rédaction

