Le Conseil national de sécurité ivoirien a annoncé la dissolution des associations estudiantines le 17 octobre, une décision visant en particulier la Fesci, réputée pour son influence mais aussi sa violence. Deux récents meurtres impliquant des membres de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire ont accentué la pression sur cette organisation.
Le 30 septembre, le corps de l’étudiant Agui Mars Aubin Deagoué, connu sous le nom de “Général Sorcier” et principal adversaire du secrétaire général de la Fesci, a été retrouvé sans vie au CHU de Cocody. Ce décès, suivi d’un autre meurtre attribué à la Fédération, a entraîné une suspension conservatoire de ses activités et une dénonciation par le procureur de la République. Dix-sept membres de la Fesci, y compris le secrétaire général Kambou Sié, ont été arrêtés.
La découverte d’un système de terreur
La descente des forces de l’ordre dans les cités universitaires d’Abidjan, Bouaké et Daloa a permis de découvrir des armes blanches, des machettes, des grenades et même un tunnel de torture. La Fesci avait transformé certaines parties du campus en maisons closes et fumoirs, exposant son fonctionnement quasi mafieux. Cette opération a conduit à l’expulsion de plus de 5 000 personnes et à de nouvelles arrestations.
Une histoire marquée par la politique et la violence
Fondée dans les années 1990 pour revendiquer des réformes démocratiques, la Fesci a rapidement intégré des pratiques violentes. Elle s’est impliquée dans des affrontements politiques, devenant un acteur clé de la scène politique ivoirienne. Cette militarisation des étudiants, encouragée par les partis politiques, a engendré une lutte sanglante, parfois interne, entre partisans de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara.
Au fil du temps, plusieurs leaders de la Fesci ont intégré la sphère politique, dont Guillaume Soro et Charles Blé Goudé. La Fédération est ainsi devenue un tremplin politique pour ses membres, et jusqu’à récemment, elle restait un interlocuteur privilégié des autorités, en raison de son influence auprès des jeunes.
Des pratiques criminelles bien installées
L’impact de la Fesci allait bien au-delà des campus. Elle prélevait des “taxes” auprès des commerçants locaux et imposait des frais aux étudiants pour l’accès aux chambres universitaires, souvent surpeuplées. Certains étudiants, faute de logement, se résignaient à cette situation, voyant dans la Fesci une alternative à une administration dépassée. Cependant, la mainmise de la Fédération sur ces chambres, souvent illégalement occupées, servait surtout à alimenter son pouvoir et ses finances.
Des actes de violence insupportables
Les exactions de la Fesci s’étendaient également aux abus sexuels, avec des membres accusés de harcèlement et d’agressions. Sylvia Appata, militante féministe, a notamment révélé que 40 % des violences sexuelles à l’université étaient commises par des membres de la Fesci, un chiffre qui lui a valu des menaces et l’a contrainte à fuir le campus.
Une fin définitive ?
La Fesci a été dissoute par le passé, mais elle renaissait systématiquement. La question reste donc de savoir si cette dissolution sera celle de la fin. Les autorités semblent déterminées, mais la Fédération, malgré sa noirceur, a aussi des soutiens parmi ceux qui y voient un levier de défense des droits étudiants. Le pays doit désormais choisir entre laisser s’effacer cette puissante organisation ou repenser complètement son rôle sur les campus universitaires.
La Rédaction

