Dans un quartier de Conakry, capitale de la Guinée, l’image est poignante : des bidons à perte de vue, dans une chorégraphie quotidienne. Ici, où les fleuves Sénégal et Niger prennent naissance et où les pluies annuelles dépassent les deux mètres, l’eau, pourtant omniprésente, devient un bien rare. Lorsque les robinets sont à sec, les habitants n’hésitent pas à creuser des forages, malgré les coûts et les dangers qui y sont associés.
La Société des Eaux de Guinée (SEG) devait garantir l’accès à l’eau, mais les promesses ne se sont pas matérialisées. Alseny Soumah, un résident, souligne l’absurdité de la situation : « Les pompes de la SEG sont bien installées dans notre quartier, mais ne servent à rien, il n’y a pas d’eau. On est obligé de se tourner vers les forages, et même là, c’est compliqué, car ils dépendent de l’électricité, qui est souvent coupée. »
Le paradoxe guinéen est flagrant : le pays regorge de ressources hydriques, avec une estimation de 226 km³ d’eaux de surface par an et des réserves souterraines atteignant 13 milliards de m³. Pourtant, ces chiffres impressionnants ne se traduisent pas en accès à l’eau pour la population. Antoine Loua, un autre habitant, déplore les coûts exorbitants des forages, qui peuvent atteindre jusqu’à 30 millions de francs guinéens, soit environ 3.000 euros. Pour beaucoup, c’est un investissement colossal pour accéder à un bien essentiel.
L’impact de cette quête d’eau sur la structure des habitations est alarmant. De nombreuses maisons présentent des fissures, et les terrains s’affaiblissent sous la pression des forages. Loin d’être une solution, cette dépendance à des forages privés expose les habitants à un risque accru d’effondrement de leurs logements.
Ainsi, dans ce pays au potentiel hydrique immense, l’ironie est que l’abondance d’eau semble plus une promesse qu’une réalité. Les Guinéens, en quête de leur précieux liquide, se retrouvent pris dans un cycle où l’eau est à la fois un droit et un luxe inaccessibles.
La Rédaction

