En 2023, le secteur bancaire nigérian a démontré une résilience impressionnante. Cependant, il demeure en échec sur l’un de ses objectifs essentiels : le financement de l’économie réelle. En effet, le secteur privé souffre d’un sous-financement persistant, principalement dû à deux raisons : des exigences de réserves bancaires exceptionnellement élevées, atteignant 45 % des dépôts totaux, et l’effet d’éviction provoqué par les emprunts de l’État.
Cette situation est alarmante, car seulement 20 % des prêts des institutions financières locales ont été attribués au secteur non gouvernemental en 2023, un chiffre bien inférieur à celui d’autres pays africains, comme l’Égypte (35 %) et la Tunisie (70 %). Les banques nigérianes, attirées par des rendements plus élevés, privilégient les prêts à l’État, qui peuvent atteindre jusqu’à 20 %. Au dernier trimestre de 2023, les émissions de dette intérieure ont augmenté de 42,9 %, selon le Bureau de gestion de la dette.
Les banques commerciales du Nigeria affichent des performances financières impressionnantes, avec un retour sur fonds propres (ROE) atteignant 30 %. En outre, elles ont tiré parti des fluctuations du taux de change, ce qui a considérablement amélioré leurs marges d’intérêt nettes. Avec un ratio de solvabilité de 12,3 %, supérieur au seuil réglementaire de 10 %, elles sont en bonne position pour gérer le risque, en particulier le risque de crédit. Leur taux de créances douteuses (NPL) s’établit à 4,5 %, en dessous du seuil réglementaire de 5 %. Toutefois, ces institutions optent pour un conservatisme prudent, ne consacrant que 30 % de leurs actifs aux prêts, généralement destinés à des entreprises de grande taille ou à des entités publiques.
Malgré ces résultats positifs, le secteur bancaire pourrait être confronté à une détérioration de la qualité de ses actifs à court terme, en raison de l’augmentation des défauts de paiement, exacerbée par la hausse du coût de la dette. Ce risque s’intensifierait à mesure que les mécanismes de financement concessionnel s’amenuisent, notamment dans des secteurs clés comme l’industrie et l’énergie.
Pour remédier à ce « paradoxe nigérian », où les banques réalisent des bénéfices confortables alors que le secteur privé est à la peine, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a initié une réforme de recapitalisation bancaire. Annoncée dans une circulaire en mars 2024, cette réforme impose des exigences de capital minimum plus élevées, avec une conformité attendue d’ici 2026. Pour les banques commerciales, le capital minimum pour obtenir une licence internationale sera multiplié par dix, atteignant 500 milliards de nairas. Les exigences pour les licences nationales et régionales seront également augmentées.
L’objectif est de créer des institutions financières encore plus robustes, capables de soutenir une croissance économique plus soutenue. Cependant, il est incertain de savoir comment ces changements impacteront le financement de l’économie réelle, en particulier pour les petites et moyennes entreprises et les entrepreneurs. En 2023, une majorité des Nigérians, soit 64 %, ne disposent toujours pas de compte bancaire. Le chemin à parcourir reste donc long pour que le secteur bancaire puisse jouer pleinement son rôle de moteur de l’économie nigériane.
Le Sommet de l’industrie financière africaine se tiendra à Casablanca, au Maroc, du 9 au 10 décembre 2024, offrant une plateforme pour discuter des défis et des opportunités du secteur bancaire sur le continent.
La Rédaction

