Un collectif d’activistes séparatistes yorubas a récemment déposé une pétition auprès du gouvernement britannique, sollicitant la sécession du Nigeria. Cette initiative d’un groupe prônant l’autodétermination n’a pas été bien reçue par d’autres factions séparatistes de la région.
L’activiste Sunday Igboho, dont le nom réel est Sunday Adeyemo, a conduit un groupe de Yorubas vivant au Royaume-Uni au 10 Downing Street, où ils ont soumis une pétition au nom d’Adebanji Akintoye, leader du mouvement Yoruba Nation. Cette démarche est devenue un sujet de controverse après qu’elle a été relayée sur les réseaux sociaux, provoquant une réaction de panique au sein des autorités nigérianes. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le haut-commissaire britannique pour obtenir des clarifications sur cette affaire.
Les détails de la pétition n’ont pas été révélés, et plusieurs figures de proue et organisations communautaires yorubas ont exprimé leur mécontentement, indiquant qu’aucune consultation préalable n’avait eu lieu avant cette démarche. Oladotun Hassan, président du Conseil mondial des Yoruba, a souligné que seule l’autorité de l’Ooni d’Ife, le monarque respecté de la région, était légitime pour s’exprimer au nom du peuple Yoruba. Il a affirmé qu’ils ne pouvaient approuver cette pétition, n’étant pas informés de son contenu.
Lors d’une interview accordée à la radio britannique Star Radio, Akintoye a confirmé que les détails de la pétition ne seraient pas publiés. Il a exprimé son scepticisme quant à la volonté du gouvernement nigérian d’écouter les préoccupations des Yorubas, affirmant que le Nigeria était en déclin.
Le mouvement Yoruba Nation est constitué de plusieurs groupes du sud-ouest du Nigeria appelant à l’indépendance de la communauté Yoruba, qui constitue l’ethnie majoritaire de cette région. Ce mouvement a gagné en force en 2021, en réponse à des attaques répétées contre les agriculteurs, faisant plus de 4 000 victimes entre 2015 et 2020.
D’autres groupes d’autodétermination ont émergé dans le sud-ouest, cherchant à établir un État indépendant. La situation a parfois conduit à des violences, comme lors d’un affrontement à Lagos, qui a causé la mort d’un manifestant. Récemment, des membres de la Yoruba Nation ont tenté de s’emparer d’un bâtiment gouvernemental dans l’État d’Oyo, mais ont été repoussés par l’armée.
Parallèlement, le mouvement pour l’indépendance des Igbos, dirigé par Nnamdi Kanu, fait également l’objet d’attention. Kanu, actuellement en détention, est accusé de trahison.
Face à cette situation de crise, le Nigeria subit une grave crise économique, marquée par une inflation galopante et des millions de personnes vivant dans la pauvreté. Le président Bola Tinubu, un Yoruba élu en mai 2023, a promis des réformes pour redresser la situation.
Hassan a suggéré que les habitants de la région devraient plutôt soutenir le président dans ses efforts pour résoudre les problèmes économiques, au lieu de se concentrer sur des revendications séparatistes. Il s’est interrogé sur la pertinence de s’adresser à un gouvernement britannique qui a historiquement contribué à leur situation actuelle.
Les analystes estiment que la pétition au gouvernement britannique n’est qu’un coup médiatique, ayant attiré l’attention des autorités nigérianes. Un communiqué du ministère a précisé que le haut-commissaire britannique avait expliqué que cette démarche n’était pas soutenue par une quelconque autorité gouvernementale. Selon Babafemi Badejo, professeur de sciences politiques, la convocation du haut-commissaire par le Nigeria était superflue et ne ferait pas avancer la situation si le soutien britannique était réellement souhaité.
La Rédaction

