Le 14 octobre 2024, le prix Nobel d’économie a été attribué à Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson pour leurs recherches sur l’influence des institutions sur la prospérité économique. Leurs travaux, tant théoriques qu’empiriques, apportent un éclairage essentiel sur les raisons qui expliquent pourquoi certaines nations sont riches tandis que d’autres peinent à sortir de la pauvreté.
Des écarts de richesse étonnants
Selon les données de la Banque Mondiale, le revenu par habitant au Danemark s’élevait en 2022 à 74 000 dollars, contre seulement 1 900 dollars en Sierra Leone. Cette disparité soulève des questions cruciales : quelles sont les causes profondes de telles différences de richesse ? Pourquoi, même lorsque les pays pauvres connaissent une croissance, ne parviennent-ils pas à rattraper les plus prospères ? Les travaux des lauréats du prix Nobel apportent des réponses éclairantes à ces interrogations.
Institutions : Le moteur de la prospérité
L’une des contributions majeures de ces chercheurs réside dans l’analyse de l’impact des institutions économiques et politiques sur le développement. Acemoglu, Johnson et Robinson soutiennent que la qualité des institutions – incluant les droits de propriété, le système juridique et la gouvernance publique – est un facteur déterminant de la prospérité d’une nation. Les institutions inclusives favorisent la croissance en incitant les individus à investir et à participer économiquement, tandis que les institutions extractives, qui servent principalement une élite, entravent ce développement.
L’héritage de la colonisation
Une autre dimension essentielle des travaux des lauréats est l’examen de l’héritage colonial. Ils montrent que les systèmes politiques et économiques instaurés par les colonisateurs européens à partir du XVIe siècle ont eu des conséquences durables. Dans les colonies où les colons étaient peu nombreux en raison de conditions hostiles (comme une population indigène dense ou des maladies), des institutions extractives ont été mises en place pour exploiter la population locale. En revanche, dans les colonies de peuplement, où de nombreux colons européens se sont établis, des institutions plus inclusives ont émergé, favorisant ainsi la croissance économique à long terme.
Les chercheurs se basent sur des données historiques, notamment les taux de mortalité des colonisateurs, pour établir un lien entre la mortalité élevée et des revenus par habitant faibles aujourd’hui, accompagnés de niveaux élevés de pauvreté et de corruption.
La difficulté de changer de système
Acemoglu, Johnson et Robinson ont également développé un cadre théorique qui explique pourquoi certaines sociétés demeurent piégées dans des institutions extractives. Ce phénomène est lié à un conflit d’intérêts entre les élites dirigeantes et la population. Tant que le système politique favorise les élites, la population doute de la crédibilité des promesses de réforme économique. À l’inverse, un nouveau système politique, où les dirigeants peuvent être remplacés, pourrait permettre d’engager des réformes économiques bénéfiques.
Cependant, les élites sont souvent réticentes à abandonner leur pouvoir par crainte de perdre leurs privilèges, ce qui complique la transition vers des institutions plus inclusives et démocratiques.
Mobilisation populaire et transition démocratique
De manière fascinante, l’incapacité des élites à tenir des promesses crédibles peut aussi expliquer les transitions vers la démocratie. Même dans les régimes non démocratiques, la population, bien qu’elle manque de pouvoir politique formel, possède un levier puissant : son nombre. En se mobilisant, elle peut représenter une menace révolutionnaire pour les élites, qui peuvent alors se retrouver face à un dilemme : céder le pouvoir ou risquer des violences insurrectionnelles. Dans de tels cas, les élites peuvent choisir d’introduire des réformes démocratiques pour éviter des conflits violents, ouvrant la voie à des politiques économiques favorables à la croissance et à une meilleure redistribution des richesses.
Le prix Nobel d’économie 2024 met en lumière l’importance cruciale des institutions dans le développement économique des nations. Les travaux de Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson offrent un cadre analytique riche pour comprendre les dynamiques complexes qui sous-tendent les inégalités de richesse entre pays. En éclairant le rôle des institutions, leurs recherches soulignent que des réformes institutionnelles peuvent être essentielles pour permettre aux nations de sortir du piège de la pauvreté et d’aspirer à un avenir plus prospère.
La Rédaction

