Les cités historiques d’Agadez et Zinder, joyaux du patrimoine culturel du Niger, font face à une menace grandissante due aux inondations causées par des pluies torrentielles, exacerbées par le changement climatique. Agadez, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2013, est particulièrement touchée. Avec ses ruelles tortueuses, sa mosquée du XVIe siècle et ses maisons ocre, la ville, autrefois un carrefour du commerce caravanier et une destination prisée pour le tourisme, subit cette saison des pluies des dégâts sans précédent. Au moins 270 personnes ont perdu la vie et plus de 700 000 ont été sinistrées à travers le pays.
Abdourahamane Tourawa, ancien maire d’Agadez, dépeint un tableau alarmant : « La vieille ville subit de nombreux dégâts, des mares débordent, et même la grande mosquée n’est pas épargnée. » Le conservateur de la ville, Ali Salifou, fait état de l’effondrement de plusieurs maisons et murs, indiquant que la situation s’aggrave chaque année. Les pluies, souvent violentes, rendent les structures historiques vulnérables, menaçant ainsi l’héritage culturel des Touareg, surnommés les « hommes bleus ».
Au cœur de cette crise, l’absence de systèmes adéquats d’évacuation des eaux de ruissellement et le manque d’entretien des bâtiments aggravent la situation. Mahamat Souleymane, muezzin de la mosquée, souligne que la vétusté des infrastructures et le manque de moyens sont des défis majeurs. « L’inscription au Patrimoine mondial n’a pas produit les résultats escomptés. Il est crucial que la communauté bénéficie de projets permettant de sauvegarder et d’entretenir ce joyau architectural », affirme Tourawa.
Zinder, une autre ville historique du Niger, ressent également les effets des inondations. Souley Amadou, un habitant, témoigne de la perte d’une partie de l’histoire de sa ville. Les inondations ont déjà causé d’énormes dégâts matériels et humains dans la région, avec 217 morts, plus de 200 blessés et environ 350 000 personnes sinistrées.
Les conséquences des inondations ne se limitent pas à la destruction des bâtiments. La surpopulation d’Agadez, devenue un point de passage pour de nombreux migrants, entraîne une « production exponentielle de déchets », aggravant encore la dégradation de l’environnement. Des propriétaires choisissent de démolir les anciennes maisons pour construire des bâtiments en béton, dénaturant ainsi l’authenticité de la cité. Ce phénomène a été souligné par l’Unesco, qui déplore l’altération du patrimoine architectural, menaçant la continuité de l’histoire de la ville.
Face à cette situation désastreuse, les autorités et la communauté internationale doivent agir rapidement. Le 24 septembre, l’Union européenne a annoncé une aide exceptionnelle de 5,4 millions d’euros pour les pays sahéliens touchés par les inondations, dont 1,35 million pour le Niger, afin de répondre aux besoins urgents.
Les appels à l’aide se multiplient, notamment celui d’Oubale, un habitant d’Agadez, qui alerte : « Les anciennes constructions sont vieillissantes et vulnérables. Si les pluies continuent, ce sera le coup de grâce. » La sauvegarde de ces villes historiques et de leur riche patrimoine culturel dépend désormais d’une action concertée pour préserver ce qui reste de ces trésors menacés.
La Rédaction

